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mercredi, août 10, 2022

À Brioude (Haute-Loire), le spécialiste Jacques Blondel a donné des clefs pour comprendre et préserver la biodiversité

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La Halle aux grains de Brioude a accueilli, samedi 18 septembre, dans le cadre d’une conférence-débat organisée par l’Amap Absolu, Jacques Blondel. « L’un des scientifiques français qui a le plus réfléchi sur la préservation de la biodiversité », comme le présentait François Roux, représentant de l’association organisatrice.

Intitulée « Biodiversité, un nouveau récit à écrire – de la révolte à l’espoir », la soirée a permis de se pencher sur toutes les notions englobées par ce « mot-valise, polysémique », sur le rôle joué par l’espèce humaine dans sa diminution, et sur les solutions à envisager pour la préserver.

Le terme biodiversité et son appropriation

Il existe plusieurs composants derrière le mot-valise « biodiversité », expliquait Jacques Blondel, trop souvent réduite selon lui, à la seule « biodiversité d’inventaire », somme des espèces de la planète. Il en pointait quelques autres, dont « la biodiversité phylogénétique », explorant les liens de parenté entre les espèces au fil du temps, ou la « biodiversité services » (quand ses fonctions peuvent être détournées au profit des humains). « Mais il s’agit surtout d’interactions », simplifiait-il.

Bio express
Né en 1936, Jacques Blondel est un spécialiste de la biologie des populations et de l’écologie. Il a fait l’essentiel de sa carrière au CNRS où il a notamment dirigé une équipe de recherche ayant travaillé sur les capacités génétiques, démographiques, physiologiques et comportementales des populations à s’adapter à leur milieu. Puis, il a consacré sa fin de carrière à la biodiversité et à sa préservation. Auteur d’une dizaine de livres, Jacques Blondel a été président de la Commission scientifique de l’Institut français de la biodiversité de 2000 à 2005. 

Jacques Blondel souhaitait également « évoquer la manière dont la sphère économique s’est approprié le mot biodiversité pour en faire un instrument de confiscation de la nature. Montrer comment les choses ont évolué au fil du temps. Comment les politiques de gestion de la nature sauvages se sont constituées de manière anthropocentrique (qui fait de l’homme le centre du monde, NDLR). »

L’utilisation de la biodiversité par l’humain pose la question de la valeur. Cela peut être un outil qui sert à une autre fonction qu’à lui-même (valeur marchande), une référence morale, ou ce que le vivant non humain possède en propre… Le fait d’exister est une valeur. La valeur intrinsèque de la biodiversité est un argument pour la respecter et la protéger. 

Pourquoi la biodiversité est indispensable

Dans sa conférence, Jacques Blondel a dévoilé une liste simple pour répondre à cette question : « Elle purifie air et eau, détoxifie les déchets, tempère le climat, modère les inondations, crée et renouvelle les sols, pollinise les plantes, contrôle les pestes et les maladies, maintient les ressources génétiques et elle procure d’innombrables bienfaits culturels. »

Le poids de l’humain dans la baisse de la biodiversité

Jacques Blondel a abordé le concept d’Anthropocène (époque à partir de laquelle les activités humaines ont une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre).

C’est la première fois dans l’histoire de la vie sur terre qu’une seule espèce de mammifère est aussi abondante. En plus, c’est la seule qui est complètement cosmopolite : elle occupe tous les types d’habitats. Et c’est la seule qui a modifié son habitat à son profit.

Et le conférencier d’ajouter : « L’espèce humaine interagit avec tout. Et ce n’est pas parce qu’elle est puissante qu’il faut éliminer les autres. » Là, apparaît selon Jacques Blondel l’importante notion « d’éthique environnementale : les règles morales qu’il faut mettre en place pour respecter ce qui nous entoure. »

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Des pistes de solutions pour préserver la biodiversité

Malgré ces tristes constats, le conférencier ne cache pas un réel espoir de changement. Il a notamment évoqué le formidable pouvoir de résilience de la vie, de la nature, quand elle en a la possibilité. Et pour lui, il y a « 1.000 petits trucs à faire » pour préserver la biodiversité. « Il y a l’économie circulaire, la permaculture (biomimétisme, écomimétisme, économie circulaire…), la non-utilisation des pesticides… et la sobriété en général. Il y a un bouquet de mesures à prendre, à l’échelle de l’individu et de la collectivité. »

La première des solutions, c’est la sobriété. Il faut refroidir le “pace of life”, notion difficile à transcrire mais qu’on pourrait traduire par le rythme, le pouls de la vie. Cela va trop vite, on en veut toujours plus…

Jacques Blondel ne voit le changement possible que par une prise de conscience de la majorité. « Je suis convaincu que les mécanismes qui feront changer les choses doivent se faire en “bottom-up”, partir de la base pour aller vers le haut. » Et il voit en l’écocentrisme les relations idéales entre humain et nature : le « respect de l’intégrité de la communauté biotique dont les acteurs fondent son identité par leurs interactions. » 

Pierre Hébrard

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