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mercredi, août 17, 2022

«Dans le passé, les écologistes ont eu tendance à privilégier la radicalité»

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FIGAROVOX/ENTRETIEN – Dimanche aura lieu le second tour de la primaire des Verts opposant Sandrine Rousseau et Yannick Jadot. Alors que l’eurodéputé écologiste était donné grand favori, David Desgouilles rappelle que les primaires écologistes réservent souvent des surprises.

David Desgouilles est chroniqueur à Marianne. Il a publié Dérapage (éd. du Rocher, 2017) et Leurs guerres perdues, (éd. du Rocher, 2019).

FIGAROVOX. – Yannick Jadot et Sandrine Rousseau se sont qualifiés hier pour le second tour de la primaire des Verts. Quelles sont les divergences majeures entre eux ? Doit-on voir dans ce duel deux visions radicalement différentes de l’écologie ?

David DESGOUILLES. – Il s’agit avant tout d’une grande différence de postures et de personnalités. Yannick Jadot a mené il y a deux ans une campagne pour les élections européennes qui a réussi à séduire un électorat qui avait voté pour Emmanuel Macron en 2017. Il a également participé à la manifestation des policiers au printemps dernier, sans doute pour s’inscrire dans une culture de gouvernement. Sandrine Rousseau, en revanche, a assumé sa radicalité «écoféministe», et n’est pas étrangère à la culture woke.

Est-ce que des éléments anti-EELV se sont invités pour permettre d’influencer le résultat en faveur de Sandrine Rousseau considérée comme la plus caricaturale ? La question se pose à chaque organisation d’une primaire « ouverte ».

David Desgouilles

Le score de Sandrine Rousseau surprend une bonne partie des observateurs. Peut-on y voir une conséquence structurelle des primaires qui tendent à mettre en avant les candidats les plus radicaux au détriment des modérés ?

C’est dû au phénomène que vous décrivez à juste titre mais amplifié par la tradition des écologistes. Souvenons-nous de la désignation d’Alain Lipietz en 2001, qui avait finalement été débranché en cours de campagne au profit de celui qu’il avait pourtant battu, Noël Mamère. Souvenons-nous également d’Eva Joly désignée aux dépens de Nicolas Hulot. Et finalement lorsque Yannick Jadot avait été choisi en 2016, EELV a, au dernier moment, décidé de ne pas présenter de candidat.

Le scrutin a-t-il été influencé par des votants extérieurs à EELV ?

Ce mode de scrutin avait été voulu pour aller au-delà des adhérents EELV qui ne sont qu’une grosse dizaine de milliers. Il entendait s’adresser au maximum de leurs sympathisants. Est-ce que des éléments anti-EELV se sont invités pour permettre d’influencer le résultat en faveur de Sandrine Rousseau considérée comme la plus caricaturale ? C’est effectivement une question qui se pose depuis plusieurs jours, et notamment suite à l’appel de Damien Rieu, candidat RN aux dernières élections départementales et influenceur important sur les réseaux sociaux.

La question se pose à chaque organisation d’une primaire «ouverte». À chaque fois, il est impossible de quantifier ces votes. Si on se fie à la primaire de droite de 2016 où on suspectait des électeurs de gauche de venir voter pour Alain Juppé (mais dans un but de proximité et non par cynisme), il semble qu’il s’agirait d’une proportion assez faible, puisqu’Alain Juppé a réalisé un score de premier tour conforme à ce qu’on attendait mais que la surprise est venue de François Fillon, poussé par la mobilisation de la partie la plus conservatrice de l’électorat de droite. Mais le rappel de ce précédent n’a pas prétention à avoir valeur scientifique.

Anne Hidalgo doit craindre la candidature de Yannick Jadot et préférer la victoire de Sandrine Rousseau qui lui ouvrirait un plus grand espace. Au contraire, Jean-Luc Mélenchon doit souhaiter la victoire de Jadot, laquelle lui offrirait les éléments les plus radicaux de l’électorat écologiste.

David Desgouilles

Quelles conséquences pourraient avoir ces primaires sur les autres partis de la gauche ? En cas de victoire de Jadot peut-on s’attendre à une alliance PS-EELV ? À l’inverse, une victoire de Sandrine Rousseau pourrait-elle bénéficier à la France insoumise ?

Il me semble que c’est justement l’inverse. Anne Hidalgo doit craindre la candidature de Yannick Jadot et préférer la victoire de Sandrine Rousseau qui lui ouvrirait un plus grand espace. Au contraire, Jean-Luc Mélenchon doit souhaiter la victoire de Jadot, laquelle lui offrirait les éléments les plus radicaux de l’électorat écologiste qui ont voté pour Sandrine Rousseau et Éric Piolle. À la présidentielle, nous sommes moins dans des stratégies d’alliances que dans l’incarnation et la faculté de se créer un espace politique puis l’élargir au maximum.

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