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samedi, août 13, 2022

Direction les quartiers nord de Clermont-Ferrand, du village des Vergnes aux tours de Flam

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« C’est à toi, ça ? » « Non, mais je crois savoir à qui c’est. » « Oui, c’est à la dame partie par là ! » L’objet de la discussion ? Un trousseau de clés, trouvé par terre, sûrement tombé d’une poche. En cette fin de matinée humide, on s’active place des Vergnes, pour retrouver le propriétaire des clés égarées. Instant banal dans ce village-cité aux deux visages.

Près de 2.200 habitants résident dans ce quartier aux deux visages : 13 tours d’une quinzaine d’étages d’un côté, 600 pavillons de l’autre.

Nostalgie du « bon vieux temps »

Du côté résidentiel des Vergnes, avec le parc public, les jardins familiaux et des champs tout proches, porte d’entrée vers la plaine du Bédat, pas mal de résidents trouvent un air de campagne. Le quartier dispose d’une mairie annexe, installée dans un château et d’un petit centre commercial. Des équipements utiles qui ne suffisent pas à faire oublier « le bon vieux temps » aux anciens. Comprenez : si l’on vit bien aux Vergnes aujourd’hui, on y vivait mieux avant.

Photo Julien Delfort

Michel Bertrand est de cet avis. L’historien local habite le quartier depuis quarante-huit ans. Il a compilé chez lui des classeurs entiers d’archives sur la construction du quartier, au début des années 1970.

« Il n’y a plus l’osmose qu’on avait avant, les habitants discutent moins et il nous manque un lieu de rencontre depuis l’arrivée du tram en 2013. »

Michel Bertrand (Historien local et résident des Vergnes)

La construction d’un terminus a eu pour effet de diviser les Vergnes en deux, selon plusieurs habitants. Comme un mur invisible séparant les tours des pavillons. Ces mêmes nostalgiques regrettent aussi la démolition de « leur » ancien centre commercial, plus grand et mieux doté.

Tous les épisodes de la série Vies de quartier

Pas de quoi empêcher les habitants de se projeter, d’espérer. Comme Annick, 64 ans. Elle attend la rénovation de la maison de quartier, siège des principales associations locales. Ou cette autre habitante qui, désignant les tours du doigt, nous explique : « On parlait déjà de leur rénovation il y a vingt-cinq ans, je suis contente de voir qu’on va enfin s’en occuper. » Elle fait référence au chantier porté par l’Agence nationale de rénovation urbaine et la Métropole, qui aboutira sur la démolition de quatre tours au profit de bâtiments plus petits, moins impersonnels.

Les Vergnes côté « Flam »

Bienvenue côté « Flam » donc. Entre locaux, on ne parle pas des « Vergnes ». 19, 21, 28 et 30. Derrière ces numéros se cachent les tours vouées à être démolies. Soit 268 logements et autant de familles amenées à être relogées, aux Vergnes, dans les quartiers voisins (Champratel, La Plaine…) ou dans des communes limitrophes.

La destruction des tours 19 et 21 est annoncée pour 2022. D’autres immeubles, voulus plus petits, les remplaceront d’ici 2030. La 28 et la 30 tomberont un an plus tard, pour laisser place à une piscine. Un exemple d’aménagement parmi d’autres.

Près du tram, symbole d’un quartier toujours isolé malgré la ligne, on converse avec des jeunes. Si « Flam » n’est pas mort, son état est celui d’un patient qui se laisse dépérir sans que l’on sache quel traitement administrer tant les maux sont multiples.

Bilal a 25 ans, il vit dans une tour vouée à disparaître, mais sa famille entend bien rester. Il porte un regard lucide sur ses terres.

« Rien ne bouge ici. La population n’est pas mauvaise, mais on n’est qu’entre nous, il n’y a pas de mélange avec les autres. C’est comme ça depuis toujours, ce n’est pas générationnel. »

Bilal (Résident des Vergnes)

À l’instar de l’éloignement géographique des Vergnes, en retrait, une part de la jeunesse se referme sur elle-même, cultivant une défiance vis-à-vis des institutions. Et l’engrenage se charge du reste. « On est abandonnés », soupire un jeune homme, le plus matinal des habitués dont l’unique horizon n’est autre qu’un mur sur lequel s’appuient ses épaules.

Quand l’adresse est un frein

Bilal réfléchit, oscille entre la mine désabusée et la boîte à idées en citant l’accompagnement scolaire, la formation, l’emploi et davantage d’associations destinées à ce public.

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Des habitants s’impliquent malgré tout. Quatre adolescentes de 17 et 18 ans veulent redonner vie à l’ancien terrain de foot des Vergnes, aujourd’hui délaissé. Soutenues par la Métropole de Clermont-Ferrand, à hauteur de 400.000 €, elles souhaitent installer, entre autres, des jeux pour enfants et des tables de pique-nique. Histoire de créer un nouveau lieu de rencontre.

On nous souffle ce détail qui n’en est pas un. « L’adresse joue beaucoup. Ici, c’est le seul quartier de Clermont où, quel que soit ton bâtiment, ton adresse mentionne Château des Vergnes, donc t’es cramé ». À « Flam » comme ailleurs, le diable est dans les détails.

 

Julien Cokelaer, Julien Delfort et Malik Kebour

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