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lundi, août 15, 2022

«Il n’existe pas de candidat gaulliste, il n’y a que des politiques gaullistes»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – En ce 9 novembre, anniversaire de sa mort, les hommes politiques de tout horizon, rendent hommage à Charles de Gaulle. Pour l’historien Gaël Nofri, l’héritage du Général fait trop souvent l’objet d’une récupération partielle qui en sous-estime l’étendue.

Gaël Nofri est historien et adjoint au maire de Nice.

Commémorer la disparition du Général de Gaulle à quelques encablures de l’élection présidentielle c’est la certitude de récupérations faciles, d’hommages tous azimuts, de raccourcis douteux. Les uns parleront volontiers de la France souveraine, indépendante et respectée ; les autres du retour à la prospérité économique et à la réussite industrielle d’un pays modernisé ; ceux-ci évoqueront le droit de vote des femmes, la sécurité sociale et le programme du Conseil National de la Résistance, ceux-là peut-être citeront encore le combat contre le nazisme et le courage de la décolonisation…

De Gaulle n’est pas un étal de boutiquier auquel chacun viendrait faire son marché du jour, en fonction des besoins immédiats, des circonstances du moment, de ses névroses propres.

Gael Nofri

De tels propos témoignent moins de ce que fut le Général de Gaulle que de ce qui anime leurs promoteurs. Car de Gaulle n’est pas un étal de boutiquier auquel chacun viendrait faire son marché du jour, en fonction des besoins immédiats, des circonstances du moment, de ses névroses propres. Au contraire, de Gaulle c’est un homme, un destin, un combat… une unité qu’il convient de considérer comme telle.

Dire cela ce n’est pas contester, à tel ou tel, le bien-fondé de ses références, le droit à s’ancrer dans un héritage ou la légitimité de témoigner d’une «certaine idée de la France». C’est rappeler que tout ce qui est partiel, pour en être vrai, n’en est que partiellement vrai. Ainsi, derrière chacune de ces vérités tronquées, chacune de ces mises en avant orchestrées, chacun de ces effacements pensés, se cache un parti pris, une lecture, un choix. Ce choix est légitime, il est même sain en démocratie à condition de l’assumer. Il représente la part de ce que chacun investit de lui dans le débat public, de sa lecture des enjeux présents, de sa compréhension du monde que nous vivons, de son interprétation quant à la pertinence et l’actualité du gaullisme. Mais c’est aussi l’occasion de renvoyer chacun à ses propres responsabilités, à ses arbitrages que ne saurait camoufler l’ombre tutélaire de l’Homme du 18 juin.

Paraphrasant André Malraux, il n’est pas faux d’affirmer que le gaullisme ne se conjugue pas au conditionnel.

Gaël Nofri

Parce que de Gaulle fut la France au moment où certains Français se vautraient dans la collaboration, parce qu’il incarna «le bon sens, l’honneur et l’intérêt supérieur de la Patrie» alors même que tant de nos compatriotes doutaient qu’il resta un destin français, parce qu’il redressa la nation et ses institutions alors même que leur dérive menaçait de consacrer son effacement, de Gaulle signifie pour la France et aux yeux de l’Histoire quelque chose qui n’est pas soluble avec un quelconque esprit de faction. Il ne peut être l’invocation rituelle ou l’amulette magique d’hommes politiques abattant son nom comme un totem d’immunité ou une incantation sacrée. Paraphrasant André Malraux, il n’est pas faux d’affirmer que le gaullisme ne se conjugue pas au conditionnel. En ce sens, il n’existe pas de «candidat gaulliste», il n’y a que des « politiques gaullistes ».

Le gaullisme n’a de sens que s’il fait référence au combat du général de Gaulle. En ce sens il appartient à tous ceux qui voudront, dans leurs actions concrètes, dans l’exercice de leurs fonctions, dans leurs actes quotidiens trouver en lui, loin de la récupération et des incantations, une «source d’ardeur nouvelle» aussi intransigeante qu’exigeante et solitaire.

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