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mercredi, août 17, 2022

Julien Bayou (EELV) : « Les personnes qui nous donnent des leçons sont celles qui ont failli depuis 40 ans »

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J’aimerais dire tout d’abord que la primaire s’est bien passée avec une participation élevée, des débats de qualité et des finalistes qui s’engagent à soutenir le gagnant. Effectivement, mardi, Sandrine (Rousseau) a été impériale en disant « bravo Yannick ». Puis, mercredi, Yannick (Jadot) a vu tout le monde pour proposer des rôles à chacun et chacune. Tandis qu’Éric (Piolle) et Delphine (Batho) ont répondu qu’ils réfléchissaient, Sandrine a fait part de ses doutes dans les médias, ce qui était un peu moins constructif et fair-play. Le soutien au gagnant est inconditionnel, c’était l’engagement des participants à cette primaire. Il n’y a pas de négociations autour des mesures puisque ce que défendaient les différents candidats, en dépit de tonalités et de priorités différentes, figure dans le projet d’ensemble : la lutte contre les violences faites aux femmes, le revenu d’existence, la réduction du temps de travail…

Il y a un nom sur le bulletin, c’est celui de Yannick Jadot. Ce ne serait pas sérieux de faire croire à un ticket, à un binôme ou je ne sais quoi.

J’ai préféré le dire et nous devrions connaître ce week-end la décision de Sandrine.

Vous craignez qu’elle parte et, avec elle, le courant qu’elle représente ?

Non, parce que les gens qui ont voté pour elle ont aussi voté pour la candidature de l’écologie. Je crois qu’il ne faut jamais confondre la cause et l’incarnation. Et aujourd’hui, celui qui représente l’écologie, c’est Yannick Jadot.

Yannick Jadot remporte la primaire écologiste et sera le candidat d’EELV en 2022

Je comprends qu’on puisse être amer après une défaite. C’est la rude loi du sport, entre guillemets, et ça ne me gênerait pas que Sandrine nous dise qu’elle veut se mettre en retrait quelque temps.

Tout l’enjeu est de jouer collectif.

Comment avez-vous vécu cette primaire ?

C’est éprouvant pour les organisateurs et pour les candidats bien sûr, car il s’agit d’un exercice exigeant. Vous faites le pari de la démocratie, d’une primaire ouverte. Il faut savoir organiser des débats sans pour autant que ça vire au clash car ce n’est qu’une affaire de nuances quand le projet est partagé.

On est vraiment très heureux car, au fil des débats, on nous a reconnu la capacité d’organiser des débats et de développer un projet de société à une heure de grande écoute. C’est une vraie réussite.

On dit des Verts qu’ils seraient arrivés à maturité, en choisissant, cette fois, un candidat plus pragmatique…

Nous n’étions pas des gamins avant. Nous étions déjà beaucoup plus adultes que les abrutis qui ne voulaient pas voir ce que disait la science sur le dérèglement climatique. Il y a une forme de paresse journalistique à considérer que nous ne prenions pas le favori. C’est faux. En 2012, la bonne personne pour tenir la ligne dans une présidentielle où nous n’allions pas pour gagner mais pour faire valoir nos idées, c’était Eva Joly, et certainement pas Nicolas Hulot.

Mais là, vous y allez pour gagner donc.

Nous n’y allons pas pour faire de la figuration.

Les écologistes peuvent être la locomotive d’un rassemblement si d’autres forces sont sérieuses dans leur perspective de prendre en compte l’écologie. Dans tous les cas, nous y allons pour gagner et offrir une alternative au duo Macron/Le Pen.

Il y a une urgence environnementale, sociale, démocratique. Cette primaire n’était pas une machine à perdre, mais un tremplin. Nous avons une audience démultipliée et nous voulons encore la dépasser.

Que faites-vous de la concurrence d’Anne Hidalgo ? Croyez-vous possible une recomposition de la gauche autour de la candidature de Yannick Jadot ?

Oui, c’est l’esprit du temps. Faisons très simple. Si les projets sont différents, alors il est normal qu’il y ait différentes candidatures. Par contre, si on considère qu’il peut y avoir une convergence, une recomposition, des lignes fortes, alors discutons ! Moi, je pense que ce projet, c’est l’écologie car nos sujets parlent à la gauche. Nous pouvons organiser une coalition de gouvernement qui soutienne des axes majeurs entrant en résonance avec les attentes de la société civile.

J’entends certains dire chez les socialistes que l’écologie est importante. Donc je leur dis « Prolongez la logique jusqu’au bout et soutenez la candidature écolo ! »

Elle est plutôt émiettée actuellement, la gauche, quand même…

Oui, mais ça ne va pas durer ! Il y a des candidatures qui n’iront pas au bout.

Dans votre livre, vous cherchez à déconstruire cette idée de Verts qui seraient des Amish.

Dans ce livre, il y a trois points : balayer des idées reçues, esquisser le projet et écrire une ode à l’engagement. De base, je ne prends pas de leçons de personnes qui ont échoué depuis 40 ans. Si Jacques Attali, par exemple, m’explique qu’il connaît la vie, j’estime que tous ses conseils ont été moisis. Face aux violences conjugales, à l’inceste, à la dette… ceux qui ont failli, ce n’est pas nous, mais ceux qui sont au pouvoir depuis 40 ans. L’humilité devrait leur commander de se faire plus discrets.

On a l’impression que vous triez les bons et les mauvais écolos entre ceux qui renversent la table et ceux qui mènent une politique des petits pas. En même temps, la candidature de Yannick Jadot est analysée comme un pragmatisme, source de compromis pour certains.

C’est une mauvaise lecture. Il y a ceux qui remettent toujours à plus tard, tel Macron, et ceux qui pensent qu’il est urgent d’agir. Le débat entre petits pas et radicalité est tranché depuis que le dérèglement climatique est engagé. Si on ne fait pas du climat la règle cardinale de nos politiques publiques, on va dans le mur.

Ce débat entre radicaux et pragmatiques est parfaitement dépassé. Aujourd’hui, il faut être radicalement pragmatique et pragmatiquement radical.

Nous nous intéressons aux deux grands défis du XXIe siècle : le dérèglement climatique et la lutte contre les inégalités. Ceux qui pensent que ça n’existe pas ou que cela peut se régler plus tard sont de doux utopistes !

Autrefois, vous aviez des écologistes courageux, nos aînés, qui alertaient dans le désert. La science leur a donné raison à travers le Giec. Et maintenant vous avez une génération qui se lève pour réclamer son droit à avoir un avenir. Cette alliance est puissante. 

Propos recueillis par Florence Chédotal

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