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mercredi, août 10, 2022

«La demande de justice et d’égalité dans la société ne peut être ignorée !»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que 88 femmes sont mortes cette année sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, la sénatrice écologiste, Mélanie Vogel et l’eurodéputé et candidat à la présidentielle, Yannick Jadot, proposent des mesures fortes pour limiter ces violences.

Mélanie Vogel est sénatrice écologiste et Yannick Jadot est député européen, candidat à l’élection présidentielle.

Ça devait être la grande cause du quinquennat. La demande de justice et d’égalité dans la société est d’une puissance qui ne peut plus être ignorée. Et pourtant, la lutte contre les violences de genre et contre les discriminations avance si peu. Les chiffres demeurent accablants.

Nous décomptons déjà 88 féminicides cette année. Chaque année, 220.000 femmes sont victimes de violences de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, et 40.000 enfants sont co-victimes. Les femmes handicapées ont plus de 2 fois plus de risques de subir des violences.

Il y a 10 viols par heure en France et 99 % d’entre eux restent impunis. 90 % des victimes sont des femmes, 96 % des violeurs sont des hommes. Alors que la plupart des crimes ont diminué en 2020 du fait du confinement et des restrictions liées à la crise sanitaire, le nombre de viol a augmenté de 11 % !

Nous défendons une révision de notre arsenal pénal, notamment en modifiant la définition du viol afin que celui-ci soit enfin déterminé par l’absence de consentement de la victime.

Mélanie Vogel et Yannick Jadot

Les discriminations persistent et ont progressé avec la pandémie. Les inégalités salariales sont toujours autour de 16 % et c’est encore pire si l’on tient compte des inégalités entre les secteurs à prédominance féminine, souvent liés au care et essentiel à la survie de notre société, et les secteurs à prédominance masculine. Selon une étude de la confédération des syndicats européens, au rythme actuel, il faudrait 1000 ans pour atteindre l’égalité salariale en France !
Les déclarations d’intention égrenées lors d’occasions entendues n’y font et n’y feront rien. Sans un véritable plan global et cohérent, sans moyens financiers et juridiques à la hauteur du défi, les violences de genre ne reculeront pas, la culture du viol persistera et les discriminations continueront de miner notre pays.

Les solutions sont pourtant connues et ont fait leurs preuves, notamment en Espagne où, même si des progrès restent à faire, l’évolution positive démontre le chemin à suivre. Il est donc plus que temps d’agir ! Parce que notre système judiciaire participe trop souvent à perpétrer la violence symbolique et les traumas, nous souhaitons instaurer une police et une justice spécialisées, avec une formation initiale qualifiante (8 mois en Espagne, pour trois heures aujourd’hui en France !) ainsi que mettre en réseau la justice, de la police, des travailleurs sociaux et des professionnels de santé afin de mieux prendre en charge les victimes, y compris lorsqu’elles vivent à l’étranger et nécessitent une prise en charge spécifique.

Nous proposons de revoir les dispositions du Code civil relatives à la protection afin qu’elle puisse être octroyée dès que les violences sont vraisemblables et non plus conditionnée à l’existence d’un «danger actuel», très difficile à prouver.

Enfin, nous défendons une révision de notre arsenal pénal, notamment en modifiant la définition du viol afin que celui-ci soit enfin déterminé par l’absence de consentement de la victime. C’est là une obligation internationale que la France a prise en ratifiant la Convention d’Istanbul et qui demeure non tenue.

Il faut instaurer légalement la parité réelle au sein des entreprises, dans les assemblées, dans les médias mais aussi mettre en place un budget genré afin de garantir qu’assez de fonds publics sont utilisés pour lutter contre les discriminations de genre mais également qu’aucun denier public ne participe pas à les aggraver.

Mélanie Vogel et Yannick Jadot

Et parce que la lutte contre le patriarcat est une lutte contre un modèle de société entier, la lutte contre les violences doit aller de pair avec la lutte pour l’égalité réelle à tous les échelons. C’est pour cela qu’il faut instaurer légalement la parité réelle au sein des entreprises, dans les assemblées, dans les médias mais aussi mettre en place un budget genré afin de garantir qu’assez de fonds publics sont utilisés pour lutter contre les discriminations de genre mais également qu’aucun denier public ne participe pas à les aggraver.

Bâtir une société féministe c’est enfin déconstruire l’imaginaire patriarcal sur lequel reposent les dominations. C’est pour cela que nous souhaitions terminer ce texte en rappelant quelques fondamentaux que les politiques ont la responsabilité de marteler.
Une victime n’est jamais responsable d’une agression. Jamais. Ni les vêtements qu’elle portait, ni ce qu’elle a dit, ni ce qu’elle fait. Jamais. 100 % des responsables des agressions sont les agresseurs.

Porter plainte est un droit, un droit qui doit être garanti et dont l’exercice doit être facilité. Mais porter plainte n’est pas un devoir. Les victimes qui ne portent pas plainte ne sont ni moins victimes ni moins courageuses que celles qui le font. Le corps des femmes leur appartient. Rien ni personne ne peut décider à leur place de comment elles en disposent.

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