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samedi, août 13, 2022

«Le carcan européen condamne le futur locataire de l’Élysée à l’impuissance»

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FIGAROVOX/ENTRETIEN – Ancien porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, le président du parti République souveraine a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Ce souverainiste de gauche, très critique envers les institutions européennes, entend réconcilier défense de la patrie et justice sociale.

Ancien porte-parole de Jean-Luc Mélenchon durant la campagne de 2017, Georges Kuzamnovic est président du parti République souveraine et candidat à l’élection présidentielle de 2022.

FIGAROVOX. – Dans votre programme, la notion de souveraineté nationale est omniprésente. Le Figaro a récemment rendu hommage à Coralie Delaume qui disait cependant : «la souveraineté nationale rend possible à un peuple de décider pour lui-même, elle est un moyen. Elle n’est pas en elle-même un projet politique». Que vous inspirent ces propos ?

Georges KUZMANOVIC. – Ce dimanche 3 octobre, j’étais à Montélimar, où, avec la famille de Coralie Delaume, ses proches et la plupart de ceux qui ont travaillé avec elle, nous avons fondé l’Association des Amis de Coralie Delaume pour promouvoir sa pensée et sa mémoire. Il va donc sans dire que, pour ma part, son œuvre est une des boussoles principales pour penser la souveraineté.

L’apport intellectuel de Coralie Delaume est précieux. Ses réflexions nous arment pour les batailles à venir, en particulier celle de la reconquête de la souveraineté nationale, mais aussi de la souveraineté populaire, car l’une n’est rien sans l’autre. C’est d’ailleurs pour cela que le concept cher à Emmanuel Macron de «souveraineté européenne» est une forfaiture, car il n’y a pas de peuple européen au sens politique. L’article 3 de notre Constitution – «La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum» – est limpide sur ce point.

Si je suis élu, mon premier acte en tant que Président de la République sera de convoquer un référendum avec une question simple : « Souhaitez-vous que le droit national prime sur le droit de l’Union européenne ? ».

Georges Kuzmanovic

Le dernier ouvrage de Coralie Delaume s’intitule Nécessaire souveraineté. Tout est dit. La souveraineté est la condition sine qua non pour pouvoir mettre en œuvre un programme, qu’il soit de gauche ou de droite. La souveraineté est «la compétence de la compétence», selon la formule du grand juriste allemand Georg Jellinek.

C’est pourquoi la souveraineté est la pierre angulaire du programme que je présente dans le cadre de cette élection présidentielle. Je compte marteler la réalité sur notre vie politique nationale : quel que soit le programme des divers candidats, ils ne pourront rien faire, une fois élus, s’ils restent dans le cadre des traités européens ! Le carcan européen, s’il n’est pas brisé, condamne le futur locataire de l’Élysée à l’impuissance ou à la reproduction de la politique d’Emmanuel Macron. Dire le contraire serait mentir aux Français et les pousser plus avant dans le désamour de la politique et de nos institutions, ce qui n’est jamais bon quand on veut rester en démocratie.

Ainsi, si je suis élu, mon premier acte en tant que président de la République sera de convoquer un référendum avec une question simple : «Souhaitez-vous que le droit national prime sur le droit de l’Union européenne ?». Si le peuple de France vote «oui», réinstaurant la bonne hiérarchie des normes qui permettrait à notre nation de redevenir souveraine, alors j’aurai les moyens de mon action.

Mais la phrase de Coralie Delaume que vous citez est juste : la souveraineté est un moyen nécessaire pour mettre en œuvre un projet politique, mais non un projet en soi. On peut l’utiliser pour mener toute sorte de politiques. Elle est cependant particulièrement nécessaire si on veut s’opposer à la doxa ultralibérale de l’Union européenne. Coralie Delaume avait compris cette articulation entre la défense de la patrie et celle de la République sociale. C’est la seule voie qui, aujourd’hui, fasse sens pour sauver la France, lutter contre l’injustice, tenir bon face aux crises multiples et faire vivre notre devise «Liberté, Égalité, Fraternité». En tout cas, c’est la mienne, d’où mon slogan de campagne : «De l’audace ! Reprenons le contrôle. Avec de Gaulle et avec Jaurès».

Jean-Pierre Chevènement ne s’est jamais qualifié comme souverainiste. Assumez-vous ce qualificatif ? Pourquoi ?

Je sais les pudeurs de gazelle que certains peuvent avoir face aux mots. Ce n’est pas mon cas. Par ailleurs, il faut mener la bataille culturelle. C’est ce que je fais depuis dix ans, avec d’autres, afin de nous réapproprier les mots, les concepts et les symboles – la nation, la Marseillaise, le drapeau bleu-blanc-rouge, l’assimilation républicaine, le roman national et même la France quand on la fait rimer avec grandeur – pour en faire des valeurs positives.

Il en va de même pour le qualificatif de «souverainiste» ou le concept de «souverainisme». Quelles en sont les définitions ? Au-delà de l’histoire du mot, sur laquelle d’ailleurs je n’ai rien à redire – les souverainistes étaient les partisans de la souveraineté du Québec –, le souverainisme est une doctrine politique qui vise à affirmer la souveraineté de la nation par rapport à des instances supranationales comme l’Union européenne.

Je me place dans l’héritage politique du gaullisme : je suis pour une Europe des nations, une Europe des peuples souverains chère au général et non l’Europe des institutions financières et des banques.

Georges Kuzmanovic

Je suis pour l’indépendance de la France dans tous les domaines. Je suis pour que nous soyons maîtres chez nous et pas les sujets de maîtres extérieurs. Je suis donc souverainiste.

Cela ne fait pas de moi un partisan du repli sur soi, mais celui d’une coopération libre et réfléchie entre nations consentantes, dans le respect de leurs intérêts respectifs. En cela, je me place dans l’héritage politique du gaullisme : je suis pour une Europe des nations, une Europe des peuples souverains chère au général et non l’Europe des institutions financières et des banques. Qui est contre ce projet ? Ah oui, Emmanuel Macron qui brade nos fleurons industriels comme Alstom, se couche au moindre coup de téléphone du président des États-Unis et pousse son projet politique de «souveraineté européenne» au point d’avoir voulu l’inique traité d’Aix-la-Chapelle qui met en danger notre indépendance géostratégique.

Lors de l’élection de 2017, Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen avaient tous les deux adopté une approche souverainiste, avant de s’en éloigner. Comment expliquer ce changement de paradigme ?

Je crois que l’un comme l’autre ont succombé à la pression culturelle de leur milieu politique d’origine.

Marine le Pen n’a pas réellement de programme économique – il a changé tant de fois – mais elle se place dans une position où, si elle était élue, elle essaierait d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale avec les tenants de la droite néolibérale. Et les néolibéraux ont les yeux de Chimène pour Bruxelles. Il en va d’ailleurs de même pour Éric Zemmour : il est économiquement néolibéral et ne se rend pas compte que c’est aussi cette idéologie économique qui saborde la nation française.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a, depuis juin 2018, inscrit son destin politique dans l’objectif de réaliser «l’hégémonie à gauche» plutôt que dans l’affrontement entre peuple et oligarchie. Or le gros de ce qui reste de la gauche – PS, EELV, Générations.s et tous leurs satellites – n’envisage pas de rupture avec l’UE. Ne pas s’attaquer à l’UE est donc pour Jean-Luc Mélenchon la condition d’éventuelles coopérations politiques. En 2017, Benoît Hamon avait déclaré, formellement, qu’il ne se retirerait pas pour lui en raison du point principal du programme «L’Avenir en commun» : le plan A / Plan B, «cette Europe, on la change ou on la quitte». Ces partis sont mous et répètent depuis quarante ans, comme un mantra, qu’ils veulent «changer l’UE de l’intérieur», baliverne à laquelle le peuple ne croit plus depuis longtemps.

Les Français ont découvert l’incapacité de notre appareil industriel à réagir face à cette crise, contrairement à celui de l’Allemagne – mais c’est normal, nous avons désindustrialisé notre pays à son profit.

Georges Kuzmanovic

À l’international, de quelle figure votre mouvement peut-il se revendiquer ? Êtes-vous plutôt Bernie Sanders, Boris Johnson, ou les deux ?

Je m’inspire de figures françaises principalement. J’aime notre récit national et j’en ferai la promotion si je suis élu. Je l’ai déjà dit, Jean Jaurès, le général de Gaulle, Georges Clemenceau, Ambroise Croizat, tous les hommes et les femmes formidables qui ont fait le programme «Les jours heureux» du Conseil national de la Résistance, et avant eux Danton, Carnot et Napoléon.

Je vous réponds cela à dessein. Il faut cesser d’aller chercher l’inspiration ailleurs. La France est une grande nation et une vraie puissance, et non une puissance de second rang. Nous avons en nous de quoi inspirer les autres, comme nous l’avons fait tant de fois, et je crois que la France rayonnera à nouveau dans le monde si elle se retrouve et que nous cessons ce sabordement qui est le fait de certaines élites qui trahissent notre pays.

Après la brouille provoquée par la brutale mise à l’écart de la France dans un accord de défense avec l’Australie, la crise des sous-marins peut-elle susciter un «sursaut souverainiste», ou du moins «anti-atlantiste» ?

Oui, je le crois. Cet événement est une prise de conscience pour beaucoup de Français, de la même manière que la crise de la Covid-19. Souvenez-vous, avant mars 2020, la souveraineté était brocardée, maintenant elle est sur toutes les lèvres, dans tous les programmes. Même Emmanuel Macron, bien qu’il fasse strictement le contraire, assaisonne tous ses propos et mesures du mot «souveraineté».

Chacun s’est rendu compte qu’on ne pouvait continuer à fonctionner avec la seule idéologie de la loi du marché soi-disant autorégulé, des délocalisations et du flux tendu. Beaucoup de Français ont appris avec stupéfaction que nous ne produisions quasiment plus de médicaments et dépendions de la Chine et de l’Inde pour nos approvisionnements. Ils ont découvert l’incapacité de notre appareil industriel à réagir face à cette crise, contrairement à celui de l’Allemagne – mais c’est normal, nous avons désindustrialisé notre pays à son profit.

Le peuple de France se réveille et je suis persuadé qu’il ne veut plus entendre les discours de faiblesse et de soumission, et qu’il reste attaché à la grandeur de notre pays.

Georges Kuzmanovic

La crise des sous-marins non vendus à l’Australie, l’insulte de l’Allemagne qui, le lendemain de cette annonce, signait un partenariat stratégique avec l’Australie sur la sécurité spatiale – voilà où en est le soi-disant «couple franco-allemand» dont Coralie Delaume soulignait fort justement l’inexistence – ont fait éclater au grand jour notre degré de vassalisation, en particulier aux États-Unis d’Amérique, mais aussi à l’Allemagne.

Depuis, l’idée de sortie de l’OTAN, ou tout du moins du commandement intégré dans lequel nous a ramenés Nicolas Sarkozy, n’est plus considérée comme une idée saugrenue. Plusieurs candidats en parlent, même si pour la plupart ce n’est qu’un effet de communication du moment. L’indépendance stratégique et géopolitique de la France est pourtant, j’en suis convaincu, un de sujets essentiels de cette campagne présidentielle qui commence. Je suis non seulement pour une sortie de l’OTAN, mais pour la dissolution de cette organisation militaire dangereuse qui aurait dû disparaître quand a disparu son ennemi qu’était le Pacte de Varsovie.

Le peuple de France se réveille et je suis persuadé qu’il ne veut plus entendre les discours de faiblesse et de soumission, et qu’il reste attaché à la grandeur de notre pays. Je serai le candidat de ce renouveau d’une France souveraine, forte et fière, capable d’agir pour son peuple, écoutée et respectée dans le monde.

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