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mercredi, août 17, 2022

«Le choix d’un congrès ne permet pas à la droite LR de sortir de la confusion»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Samedi 25 septembre, les militants Les Républicains se sont prononcés en faveur d’un congrès au détriment d’une primaire pour désigner leur candidat. Selon Maxime Tandonnet, ces considérations sur le mode de scrutin constituent un ingrédient secondaire dans la recette du succès.

Fin observateur de la vie politique française et contributeur régulier du FigaroVox, Maxime Tandonnet a notamment publié André Tardieu. L’incompris (Perrin, 2019).

Par vote des adhérents à 58 %, le mouvement les Républicains (LR) a choisi de désigner son candidat à la présidentielle lors d’un Congrès qui se tiendra en décembre, c’est-à-dire dans le cadre d’une élection à deux tours réservée à ces mêmes adhérents. Ce choix enterre la solution de primaires s’adressant à un public élargi. Les arguments pour ou contre un congrès fermé ou une primaire «semi-ouverte» ont été mille fois ressassés. La primaire comporte l’avantage de toucher un public élargi et donc peut se targuer d’un avantage en termes d’ouverture démocratique. En revanche, elle médiatise les rivalités et les désaccords entre les candidats d’une même mouvance et par conséquent, ravive la traditionnelle et mortelle «guerre des chefs», emblématique des échecs de la droite depuis la bataille Giscard d’Estaing-Chirac de 1981.

Le choix du mode de sélection du candidat – congrès ou primaires – constitue un sujet d’intérêt pour les militants, mais ne passionne pas – ou marginalement – le pays profond.

Maxime Tandonnet

Aujourd’hui, la sagesse semble l’emporter : la guerre d’ego, qui de toute façon eût anéanti les chances de victoire, n’a pas eu lieu… Mais le choix du congrès ne lève pas entièrement la confusion dans laquelle patauge la droite. Les deux candidats favoris, M. Xavier Bertrand et Mme Valérie Pécresse ont démissionné du parti. Dès lors, comment peuvent-ils, avec quelque chance de succès, obtenir le soutien d’un mouvement dont ils ne sont plus membres ? À six mois du scrutin présidentiel, les sondages réalisés auprès de l’électorat potentiel de droite soulignent que M. Bertrand serait le seul jugé en mesure de gagner la présidentielle contre le président Macron. Que se passerait-il si le vote interne débouchait sur la désignation d’un autre candidat, préféré des adhérents du fait de sa loyauté au parti, tel Michel Barnier, mais qui, d’ici là, n’aurait pas réussi à donner des signes de sa capacité à entraîner l’opinion ?

De fait, les trois favoris du congrès issus du grand sondage, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Michel Barnier se positionnent traditionnellement sur une ligne plutôt centriste voire parfois qualifiée de «macron-compatible». L’aile droite de LR n’est plus représentée au niveau des favoris depuis les retraits de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau. Cette absence favorise la percée sondagière d’Éric Zemmour. Cette dernière peut aussi bien servir les intérêts de la droite en ayant pour effet d’affaiblir Marine le Pen, que lui être fatale si elle continue d’éroder ses propres réserves de voix. Tel n’est pas le moindre des paradoxes de la situation : la formule du Congrès interne se prête, en principe, à un choix de conviction mais en l’occurrence, l’offre la plus droitière est absente. D’où la surenchère des trois principaux candidats sur l’immigration pour s’emparer de l’espace vacant…

La droite qui est fortement majoritaire en termes de sensibilité de la France profonde comme l’a montré son succès aux élections municipales en 2019 et régionales en 2020, est-elle en train de se préparer à un nouvel échec national après 2012 et 2017 ? De fait, le choix du mode de sélection du candidat – congrès ou primaires – constitue un sujet d’intérêt pour les militants, mais ne passionne pas – ou marginalement – le pays profond. Le succès du débat Mélenchon-Zemmour souligne d’ailleurs que l’opinion préfère les débats d’idées (même très excessifs) à la cuisine partisane…

Le congrès de décembre 2021 ne doit surtout pas avoir pour effet de figer définitivement les situations car dans un contexte aussi mouvant et incertain, toutes les surprises peuvent survenir jusqu’au dernier moment.

Maxime Tandonnet

La recette du succès lors de l’élection présidentielle se situe de toute façon ailleurs que dans le mode de choix d’un candidat. Elle repose sur un phénomène de séduction médiatique. Elle procède d’une étrange alchimie qui combine l’apparence télégénique, la force d’un ou deux slogans bien choisis (à l’image du «travailler plus pour gagner plus» de Nicolas Sarkozy en 2007) et d’une poignée de mesures emblématiques (suppression de la taxe d’habitation de M. Macron), une apparence de sérieux mêlée à la crédibilité d’un projet. Le succès à l’élection présidentielle relève d’un mélange insaisissable et imprévisible de convictions, d’affect et de confiance envers les candidats, d’humeur de l’opinion et de chaos de l’actualité.

Ainsi, le congrès de décembre 2021 ne doit surtout pas avoir pour effet de figer définitivement les situations car dans un contexte aussi mouvant et incertain, toutes les surprises peuvent survenir jusqu’au dernier moment – à l’image des présidentielles de 2017. La clé du succès tiendra non seulement dans l’aptitude à incarner une réponse crédible aux attentes du pays (chômage, environnement, immigration, sécurité, école…) mais aussi à la capacité de la droite, jusqu’au dernier moment, à s’adapter aux circonstances.

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