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lundi, août 15, 2022

Les Français doutent de la hausse de leur pouvoir d’achat

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Le projet de loi de finances pour 2022, le dernier du quinquennat, est présenté, ce mercredi, en conseil des ministres. Mais Bercy, à toutes fins utiles, a déjà fait ses comptes, calculant qu’avaient été réalisés en cinq ans  près de 50 milliards d’euros d’allègement de la pression fiscale, répartis pour moitié entre les ménages et les entreprises.

Mieux : selon l’Insee, en 2020, grâce aux dispositifs publics, le revenu disponible des ménages a progressé « légèrement en termes réels (+ 0,4 %, après + 2,6 % en 2019). »

Et, cependant, selon un récent sondage*, 56 % des Français sont convaincus d’avoir perdu du pouvoir d’achat. Les hausses des prix dans l’alimentaire, des matières premières aussi, du gaz et de l’électricité encore alors que l’hiver n’a pas commencé expliquent peut-être ce ressenti et même le ressentiment avec 58 % des Français qui jugent négative l’action économique d’Emmanuel Macron depuis 2017.

Disparités sociales

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Ce décalage entre chiffres officiels et ressenti quotidien tient à l’échelle d’analyse. « La macroéconomie, rappelle Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), lisse les disparités sociales en globalisant les revenus. Les mesures fiscales de début de mandat ont profité au pouvoir d’achat, mais elles étaient pour l’essentiel concentrées sur le dernier décile, les 10 % les plus riches même si des mesures en faveur des plus modestes, notamment avec le budget dit “Gilets jaunes”, sont venues compenser. »

Puis la crise sanitaire est passée par là : « On connaît, poursuit l’économiste, les effets des dix-huit premiers mois, une perte de 180 milliards d’euros pour l’économie nationale. Les finances publiques en ont absorbé 90 %, soit 165 milliards. Les ménages ont enregistré une hausse de leurs revenus de 40 milliards et les entreprises, une baisse de 55 milliards. Empêchés de consommer par les mesures sanitaires, les ménages ont épargné plus de 150 milliards qui s’ajoutent aux 250 milliards d’avant. »

“Quoi qu’il en coûte”

« Tous les ménages n’y ont pas autant gagné, poursuit l’économiste. Sur le plan de l’épargne, c’est net avec 80 % des 150 milliards logés chez les 25 % des foyers les plus aisés dont les habitudes de consommation plus larges : voyages, services, etc., ont été plus encore impactées par la crise. Sur le plan du pouvoir d’achat, c’est encore difficile à détailler. Les jeunes, les ménages modestes, les contrats courts – qui n’ont pas, au contraire des CDI, pu bénéficier du chômage partiel – sont vraisemblablement parmi les perdants. »

On a cependant évité le pire : « Le “quoi qu’il en coûte”, opportunément et rapidement mis en œuvre, a bien fonctionné. À preuve, la reprise est rapide et l’emploi a retrouvé son niveau d’avant-crise. Qu’en sera-t-il avec la levée des aides, notamment en 2022 ? “C’est, comme dit l‘homme d’affaires et milliardaire américain Warren Buffett, quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus.”

S’agissant d’une crise sanitaire, celle-ci ne révèle pas les dysfonctionnements à court terme de l’économie. Les entreprises se portent d’ailleurs plutôt bien au regard du nombre de faillites : 35.000 en 2020 contre 50.000 en année normale. Des entreprises dites zombies ont survécu à travers des prêts garantis – plus de 135 milliards en 2020 – et des reports de dettes fiscales de l’ordre de 30 milliards. »

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Mais voilà : alors qu’on aperçoit le bout du tunnel sanitaire, la liberté retrouvée de consommer se heurte, pour les plus modestes, au mur des réalités quotidiennes. Pour ceux-là, le décalage entre  pouvoir d’achat perçu et pouvoir d’achat mesuré tient au poids des dépenses contraintes définies par l’Insee comme « l’ensemble des dépenses des ménages réalisées dans le cadre d’un contrat difficilement renégociable à court terme » (loyer, abonnement internet, téléphonique, frais de cantines,  assurances ou prêts bancaires.

« Les plus modestes, insiste Eric Heyer, en sont même réduits à retirer leur peu d’épargne. »

(*) Enquête réalisée du 15 au 16 septembre 2021 par OpinionWay-Square pour Les Echos et Radio Classique.

Jérôme Pilleyre

Lire. Éric Heyer, Pascal Lokiec et Dominique Méda. Une autre voie est possible, Éditions Flammarion.

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