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mercredi, août 10, 2022

«Nous devons rompre avec l’écologisme anti-nucléaire et recouvrer notre indépendance énergétique»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – L’énergie s’invite dans les débats de la présidentielle depuis la hausse des tarifs du gaz et de l’électricité. Pour le député Julien Aubert, la politique énergétique de la France doit notamment rentrer en rupture avec certaines décisions européennes.

Julien Aubert est député Les Républicains de Vaucluse.

L’augmentation massive et récente des prix du gaz et de l’électricité a remis sur le devant de la scène la question énergétique, en tant que détonateur d’une crise du pouvoir d’achat susceptible d’ébranler le système politique. C’est à la fois significatif, réducteur et opportun.

Significatif tout d’abord, en ce qu’il illustre la capacité d’amnésie de nos sociétés modernes, pour qui la crise de la COVID avait relégué dans les limbes la jacquerie des gilets jaunes, au point que l’on voyait poindre de nouveau juste avant l’été les idées de fiscalité écologique, comme le projet d’écotaxe régionale voulue par le gouvernement.

Réducteur également, parce que l’énergie ne peut pas être abordée sous le seul angle du pouvoir d’achat : l’indépendance, la compétitivité des entreprises et la ré-industrialisation du pays sont directement liées à la question énergétique.

Opportun, enfin, parce que la question énergétique est un vrai sujet de désaccord entre l’opposition LR et la majorité actuelle, sous tutelle écologiste. L’élection présidentielle de 2022 doit donc permettre d’impulser une nouvelle politique énergétique pour la France.

La réorientation de la politique énergétique française passera par une offensive à Bruxelles pour rééquilibrer des décisions structurellement défavorables à nos intérêts, en assumant un bras de fer diplomatique avec Berlin.

Julien Aubert

La réorientation de la politique énergétique française passera par une offensive à Bruxelles pour rééquilibrer des décisions structurellement défavorables à nos intérêts, en assumant un bras de fer diplomatique avec Berlin. On le sait, le nucléaire français a été exclu du plan d’obligations vertes (plan de relance européen) lancé par la Commission, ce qui revient à dire que les 66 à 70 Md€ que nous rembourserons sont destinés à financer les systèmes énergétiques… de nos voisins. C’est d’autant plus inéquitable que contrairement au nucléaire, le gaz pourra ponctuellement être aidé par la manne européenne. Le fait que l’Allemagne ait besoin de gaz pour compléter sa transition explique peut-être cela.

Une autre bataille est d’intégrer le nucléaire dans le système européen de classification des activités économiques écologiquement durables (ou taxonomie) afin qu’il puisse être labellisé comme une énergie verte. La commission s’est appuyée sur des «experts» qui sont en réalité des militants d’ONG anti-nucléaires, mais a surtout cédé à l’offensive de cinq États emmenés par l’Allemagne fin juin 2021. Si cela devait échouer, la France devra demander des compensations à l’Europe pour ces décisions qui distordent le marché et ont un impact économique certain.

Au-delà de ces initiatives conjoncturelles, un chantier majeur, structurel, décisif est devant nous : remettre à plat les conditions de concurrence sur le marché de l’énergie. Cet enjeu débutera dès la présidentielle passée avec la fin programmée en 2025 du mécanisme de l’ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Ce système, à rebours de l’évidence économique, a conduit à stimuler une concurrence artificielle là où il n’y en avait pas, en amenant EDF à subventionner ses concurrents, via une revente à un prix cassé de l’électricité nucléaire. Ces nouveaux acteurs se sont majoritairement positionnés en revendeurs et non en producteurs. La concurrence a essentiellement porté sur les activités de promotion et commercialisation, mais n’a pas produit les effets escomptés car les gains ont été absorbés par l’explosion de fiscalité liée au subventionnement des énergies vertes. Quant à EDF, il a manqué de moyens pour investir dans le nucléaire du futur.

Ce système doit être aboli afin que le prix de revente reflète la réalité des coûts, notamment le grand carénage, et la question du financement du futur nucléaire ne devrait pas être mise de côté. La contrepartie de cette négociation avec Bruxelles ne peut cependant pas être la séparation en deux ou trois entités d’EDF, et la privatisation par découpe d’EDF ENR et surtout d’Enedis, comme cela est secrètement fantasmé dans les cercles eurocratiques. Cet avertissement n’est pas purement théorique : la Commission européenne a toujours vu en EDF une entreprise capable de s’imposer comme monopole sur le plan continental, qu’il fallait affaiblir.

Nous devons faire le pari d’une électrification massive de nos usages.

Julien Aubert

Enfin, toujours sur le plan européen, la France devrait prendre l’initiative sur d’autres secteurs. Plutôt de faire comme si le fossile n’existait pas ou pouvait être éradiqué par un coup de baguette magique, elle pourrait militer pour utiliser le potentiel de marché de l’UE pour nous rendre moins dépendants de nos importations, par exemple en mettant en place une centrale d’achat européenne de long terme pour le gaz lointain (Qatar, Iran).

Au niveau hexagonal, nous devons faire le pari d’une électrification massive de nos usages, à condition que celle-ci ne repose pas sur de l’intermittence, tout en acceptant la place du gaz naturel comme énergie de transition.

La France a englouti 140 milliards d’euros dans les énergies dites vertes sans avoir le support industriel qui lui aurait permis de créer des emplois sur le territoire, plutôt que de nourrir le déséquilibre de sa balance commerciale. De manière encore plus problématique, tous les pays d’Europe ont fait la même chose ce qui signifie que la part d’intermittence de la production électrique européenne croît ; que l’airbag de sécurité du système, hydraulique mais aussi nucléaire, s’est affaibli ; et que le bilan carbone de l’opération n’est pas bon car pour compenser il faut se reposer sur des centrales à gaz… qui font flamber les prix européens. En effet, l’essor des énergies intermittentes rend le complément de production marginal indispensable pour lisser la production électrique. Or, ces compléments sont des centrales à gaz, et le prix du gaz a explosé.

Comment désindexer le prix de l’électricité du prix du gaz ? En nous rappelant que nous pouvons par exemple produire de l’énergie à partir d’uranium.

Les prévisions de la stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui fixent à 800 TWh les besoins sont vraisemblablement trop basses, car reposant sur un axiome de décroissance de la consommation, notamment pour le chauffage. Viser 900 Twh, voire 1 000 Twh pour prendre en compte toutes les modélisations de RTE, serait plus sécurisé. Cela signifie porter le parc nucléaire en 2050, au-delà du plafond actuel et non en deçà, en lançant dès 2022 un calendrier étalé sur 20 ans de relance du secteur. Cet investissement serait accompagné par le plan de relance.

Le potentiel de déploiement des autres énergies décarbonées électriques devrait être recalibré de manière à compléter cet axe central. En effet, compte tenu des effets falaises, le prolongement du parc actuel et la construction de nouveaux EPR ne permettront pas de couvrir tous les besoins. Nous devrons cependant prendre en compte la dimension d’acceptabilité sociale, notamment pour l’éolien, et cesser de fausser le coût réel de ces énergies de complément en mettant fin rapidement aux mécanismes de soutien.

En parallèle, certaines erreurs commises par le pouvoir actuel devraient être corrigées : le projet ASTRID, permettant d’améliorer la réutilisation du combustible usagé et donc la question des déchets nucléaires, doit être relancé, avant que notre pays ne soit distancé sur la IVème génération par les autres pays occidentaux ; la filière des petits réacteurs modulaires doit être encouragée, avec notamment une vocation d’exportation ; en lien avec le point précédent, la question de l’hydrogène doit être couplée avec l’électrification nucléaire mais centrée sur la mobilité lourde, compte tenu notamment des besoins en terres rares (platine des piles à combustion par exemple) ; la transition énergétique doit être aussi pensée territorialement (avenir des sites, problème des riverains des sites éoliens, équilibre économique des territoires).

Un bouclier pour les classes moyennes devra être institué, d’abord en diminuant la fiscalité sur l’électricité, ensuite en prenant en charge certaines dépenses lourdes comme le changement de moyen de chauffage.

Julien Aubert

Après dix années perdues, la transition énergétique va coûter plus cher du fait des investissements inutiles. Un bouclier pour les classes moyennes devra être institué, d’abord en diminuant la fiscalité sur l’électricité, ensuite en prenant en charge certaines dépenses lourdes comme le changement de moyen de chauffage.

La question énergétique doit cesser d’être instrumentalisée par des régulateurs ordo-libéraux qui ont rêvé d’une Europe de la concurrence au mépris des impératifs d’indépendance énergétique, ou par les ONG qui sont plus obsédées par la lutte contre le risque nucléaire que contre le danger climatique. Il faut sortir la politique énergétique française du piège à loup dans laquelle elle a emprisonné son pied. Pour desserrer l’étreinte, il faudra agir à la fois sur la mâchoire de la concurrence et sur celle de l’écologisme anti-nucléaire qui a contaminé l’Allemagne, et recouvrer – rapidement – notre indépendance.

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