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samedi, août 13, 2022

«Plaidoyer pour une gauche républicaine et populaire»

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FIGAROVOX/ENTRETIEN – Dans son livre Printemps républicain, du nom du mouvement qu’il préside, Amine El Khatmi propose un projet politique dont les ambitions dépassent désormais la seule laïcité. Par le biais de 77 propositions, il entend revivifier une gauche au bord de la disparition.

Amine El Khatmi est confondateur et président du Printemps républicain. Il a écrit Combats pour la France (éd Fayard) en 2019 et publie Printemps républicain (éd L’Observatoir) en cette rentrée.

FIGAROVOX. – Les premières pages de votre ouvrage retracent votre itinérance dans toute la France. Quels constats tirez-vous à l’issue de ce périple ?

Amine EL KHATMI. – J’ai voulu partir à la rencontre de cette France des sous-préfectures, périurbaine ou rurale, cette France invisible depuis les centres-villes et les grands pôles métropolitains. Les Français qui y vivent y sont confrontés à une triple insécurité :

Une insécurité économique puisqu’ils subissent plus que d’autres les dégâts de la mondialisation et de la désindustrialisation du pays.

Une insécurité physique, ces territoires n’étant plus épargnés par les vols, les agressions ou les phénomènes de bandes comme nous l’avons vu dans le sud de l’Essonne il y a quelques mois.

Et une insécurité culturelle dont Laurent Bouvet a fait très tôt l’hypothèse, lorsque croît le sentiment d’abandon illustré par la disparition des services publics (fermetures de classes, puis d’écoles, de lignes ferroviaires, d’hôpitaux), des lieux quotidiens de sociabilité (cafés, boulangeries, supérettes) et que pèse une menace sur nos modes de vie et nos libertés face notamment à la montée de l’islam politique.

C’est comme si le citoyen avait un contrat moral avec la République et que cette dernière n’assurait plus sa part du contrat.

Amine El Khatmi

C’est comme si le citoyen avait un contrat moral avec la République et que cette dernière n’assurait plus sa part du contrat. Dans des milliers de villages de notre pays, le dernier lieu de sociabilité est le bistrot qui fait aussi office d’antenne de La Poste, de dépôt de pain et d’agence bancaire. Face à cela, une partie de la gauche a considéré qu’il fallait se détourner de ces Français, traités de petits blancs beaufs et racistes partis se terrer dans des pavillons de province, en considérant qu’ils n’étaient plus récupérables et qu’il valait mieux construire une majorité dans les urnes en tentant d’agréger les votes des femmes, des LGBT ou des enfants d’immigrés.

L’enjeu pour nous est de parler à ces Français en remettant la question sociale et celle de l’unicité du territoire de la République au cœur du débat.

Vous affirmez que tous les efforts des pouvoirs publics dans les quartiers seront vains tant que ces territoires concentreront plus de 50% de familles étrangères. Comment lutter contre cette concentration ?

Compte tenu de mes origines et de mon vécu, je peux me permettre sur ces sujets une franchise que d’autres n’oseraient pas. J’ai grandi dans un quartier d’Avignon, avant d’en devenir l’élu. J’y ai entendu des propos de familles musulmanes m’expliquant qu’elles en avaient assez, faute de mixité, d’avoir l’impression de vivre comme si elles étaient «au bled». J’ai eu à gérer des écoles dans lesquelles 80% à 90% d’enfants venaient de familles arabo-musulmanes. Cette mère de famille expliquant à Emmanuel Macron à Montpellier que son fils imaginait que le prénom Pierre n’existait que dans les livres est loin d’être un cas isolé. D’ailleurs, dès que les familles peuvent se le permettre, elles quittent ces quartiers et scolarisent leurs enfants ailleurs, notamment dans l’enseignement privé catholique pour les confronter à la mixité. Seuls ceux qui vivent loin de ces cités les idéalisent alors que pour rien au monde ils ne voudraient voir leurs enfants y grandir. Si vous ajoutez à l’absence de mixité culturelle, des niveaux de précarité et d’insécurité bien plus élevés dans ces quartiers que dans le reste du territoire, vous obtenez un cocktail explosif.

Je suis lucide, nous n’emmènerons pas des familles versaillaises vivre à Saint-Denis et inversement mais si nous ne conduisons pas une nouvelle politique de peuplement pour atteindre plus de mixité, nos efforts seront vains.

Amine El Khatmi

Je propose donc de plafonner à 40% les logements sociaux dans chaque ville et de ne pas attribuer un logement social à des étrangers dans un quartier dans lequel il y aurait 25% d’étrangers. Charge aux bailleurs de leur proposer un logement ailleurs. Les programmes de rénovation urbaine doivent systématiquement prévoir 30% de logements sociaux, 30% de logements en acquisition aidée et 30% de logements en acquisition libre dans le cadre des reconstructions. Je suis lucide, nous n’emmènerons pas des familles versaillaises vivre à Saint-Denis et inversement mais si nous ne conduisons pas une nouvelle politique de peuplement pour atteindre plus de mixité, nos efforts seront vains.

Sur l’immigration, j’assume une position ferme et humaine. Ferme, puisque je propose de relever de 30% les seuils de ressources pour l’accès au regroupement familial, le raccompagnement vers le pays d’origine des demandeurs déboutés et l’instauration de l’automaticité des expulsions de délinquants étrangers. À la fermeté doit répondre un effort pour mieux intégrer ceux qui ont vocation à rejoindre notre communauté nationale. Le maintien d’une politique souple de quotas d’étudiants étrangers hors UE, l’augmentation des moyens mobilisés par l’État pour l’apprentissage de la langue (200 heures en France contre 600 heures en Allemagne) et la mise en relation des naturalisés volontaires ayant obtenu la nationalité avec un tuteur servant de soutien dans les premières années vont dans ce sens.

Alors qu’on vous attend traditionnellement sur les questions de laïcité ou de lutte contre les extrêmes, on découvre que vous consacrez une grande part de votre livre aux questions sociales…

De la crise des Gilets jaunes au confinement, on a bien vu s’affirmer ce qu’on a appelé «la France du back-office de la société de services» c’est-à-dire tous ces travailleurs essentiels – pour qui le vêtement de travail est souvent une chasuble fluorescente – mais dont la reconnaissance n’est pas à la hauteur de l’utilité sociale. Que se passe-t-il dans ces métiers de la logistique, de la propreté, du gardiennage, de la restauration ou du soin ? Deux problèmes essentiels parmi d’autres.

Le premier concerne le temps de travail. Ces travailleurs sont peu rémunérés, pour beaucoup sous le seuil des bas salaires (entre 1100 et 1140 euros par mois), car leur temps de travail est très souvent partiel. En réalité, ils ne travaillent pas à temps partiel, mais, entre leur première intervention le matin et la dernière du soir, ils sont payés à temps partiel, avec des moments de sous-présence en milieu de journée. En définitive, ils travaillent sur des durées identiques à celles des personnes à temps plein, mais perçoivent une rémunération inférieure de 15 à 20 %. Les temps de transport, de pause, d’habillage etc. sont donc essentiels, je propose de les prendre en compte dans la rémunération.

Chaque matin apporte sa nouvelle déclaration de candidature, souvent au détriment des projets et des idées et nous ne voulons pas participer à cet affaissement du débat public où le premier venu s’imagine investi d’un destin présidentiel.

Amine El Khatmi

Autre problème, la pénibilité : ces travailleurs sont présentés comme invisibles, pourtant, ils sont omniprésents dans l’espace public, commercial ou domestique. En réalité, ce qui est invisible c’est la pénibilité de leur travail, la plupart de leurs tâches étant relativement banales : conduire, livrer, déposer, porter, frotter… Ce qui les rend difficiles c’est la répétition de ces gestes mais aussi l’obligation de disponibilité immédiate de ces travailleurs. D’où, là encore, l’enjeu que représente la rémunération des temps de transports par exemple. Mais au-delà de ces questions qui peuvent paraître techniques, c’est l’enjeu politique de la réappropriation de la question du travail et de sa dignité qui me paraît indispensable : inscrire cette question au cœur du débat présidentiel devrait être l’une des priorités des candidats de gauche.

Lorsque le Printemps Républicain a été créé, l’objectif était de lutter contre l’extrême droite et l’islamisme, avec la laïcité comme horizon politique. Or, dans ce livre vous prenez position sur des sujets aussi divers et techniques que l’énergie, la culture, la santé ou les institutions de la Ve République. Votre mouvement a-t-il vocation à devenir un parti pesant dans l’élection présidentielle, voire de présenter un candidat ?

Nous faisons de la politique depuis la création du Printemps Républicain en 2016 en portant des idées dans le débat public. Nous allons continuer. Ce qui est nouveau, c’est que nous assumons de vouloir avoir des élus, des députés dans la prochaine Assemblée nationale. Le rôle de commentateur critique de l’actualité a son intérêt mais il installe à la longue une forme de frustration de ne pas pouvoir agir. Nous voulons agir.

Quant à la présidentielle, nous traitons d’abord le fond en avançant ces 77 propositions avant d’aborder la question de la candidature. Chaque matin apporte sa nouvelle déclaration de candidature, souvent au détriment des projets et des idées et nous ne voulons pas participer à cet affaissement du débat public où le premier venu s’imagine investi d’un destin présidentiel. Pour notre part, nous procédons autrement en présentant d’abord un projet. Soit nous retrouvons l’esprit de ce projet dans l’une des candidatures qui seront présentes à la fin du mois de novembre et nous la soutiendrons. À défaut, nous présenterons notre propre candidat. Nous en avons les moyens, des maires se manifestent pour nous soutenir. Cette option est ouverte. Mais notre priorité est que nos idées soient présentes dans le débat, et demain appliquées par ceux qui gouverneront le pays.

Si le clivage droite – gauche garde de sa pertinence, il ne structure plus la vie politique de notre pays comme il l’a fait durant des décennies.

Amine El Khatmi

Croyez-vous encore en la pertinence du traditionnel clivage droite -gauche ? Ou pensez-vous que la nouvelle ligne de fracture se trouve désormais autour de la laïcité ?

Des millions de Français se reconnaissent dans la gauche, d’autres dans la droite, il y a des socialistes, des communistes, des gaullistes, des centristes, des écologistes, des libéraux, des souverainistes. Ce clivage a une réalité mais il doit être regardé à l’aune d’un autre clivage qui a surgi ces dernières années entre républicains et identitaires. Le militant socialiste que j’ai été a appartenu au même parti que Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon avec lesquels mes désaccords sont aujourd’hui profonds. A contrario, Guillaume Larrivé ou David Lisnard, élus Les Républicains, formulent des propositions qui me parlent sur tout un tas de sujets. Je salue l’engagement en faveur de la laïcité de députés macronistes comme François Cormier-Bouligeon ou François Jolivet ou du féminisme universaliste par la sénatrice socialiste Laurence Rossignol. Lorsque le communiste Fabien Roussel qualifie les policiers «d’ouvriers de la sécurité» et que les écologistes Yannick Jadot et Delphine Batho viennent manifester avec eux devant l’Assemblée nationale, j’y vois la position qui devrait être celle d’une gauche populaire digne de ce nom.

Tout ça pour vous dire que si le clivage droite – gauche garde de sa pertinence, il ne structure plus la vie politique de notre pays comme il l’a fait durant des décennies. Les femmes et les hommes de bonne volonté, républicains sincères, se trouvent dans un arc qui va de la gauche à la droite de l’échiquier politique. Personne n’aura raison tout seul. Il n’y aura pas de sauveur. Depuis le 21 avril 2002, tous les Présidents ont été élus sur une base sociale plus large que leur électorat, mais tous se sont repliés sur leur majorité. Il faut au contraire construire une alliance politique large. D’abord parce que la France doit se reconstruire, ensuite et surtout parce qu’elle doit se réunir. Le temps des aventures solitaires est révolu.

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