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mercredi, juillet 6, 2022

«Quelle figure les militants LR cherchent-ils pour les représenter ?»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Tous les candidats LR s’accordant globalement sur l’orientation politique à donner au pays, le débat du 8 novembre sur LCI a davantage révélé des différences de forme que de fond, estime la journaliste Christine Clerc.

Christine Clerc est ancienne grande plume du Figaro, lauréate du prix Albert-Londres et auteure de 4 livres sur de Gaulle.

Comment se différencier quand on pense presque la même chose ? Et comment, sans ennuyer les téléspectateurs désormais habitués à des débats plus vifs chez Hanouna ou sur CNews, rester courtois sans ennuyer son public ?

Pour leur première soirée de débat présidentiel sur LCI, Ruth El Krief et David Pujadas avaient fait le pari du sérieux. Leurs invités, les cinq candidats à la candidature LR avaient fait, eux, le serment du calme, voire de la fraternité.

Mais d’où vient que Valérie Pécresse semble avoir déjà intégré son effacement ? D’une petite phrase qui lui échappe ? De cet air un peu triste qui ne la quitte pas, elle qui rêvait d’être à la fois la Merkel et la Thatcher française ?

Christine Clerc

Au milieu des quatre hommes en bleu, leur cravate allant du bleu roi au marine presque noir, la seule femme en piste, Valérie Pécresse, arbore une veste rouge vif de combattante révolutionnaire. Elle égrène ses mesures d’un ton décidé, son expérience de présidente de la plus grande région, l’Île-de-France, lui donne une forte crédibilité, et elle n’hésite pas à interpeller ses concurrents sur le financement de leurs mesures. Mais d’où vient qu’elle semble avoir déjà intégré son effacement ? D’une petite phrase qui lui échappe ? De cet air un peu triste qui ne la quitte pas, elle qui rêvait d’être à la fois la Merkel et la Thatcher française ? Comme si, hélas, l’heure des femmes au pouvoir n’était pas encore venue en France. À moins qu’elles ne réussissent à incarner, comme naguère Simone Veil, une figure maternelle…

En face d’elle, ce sont les deux candidats les moins bien placés par les sondages qui créent la surprise. Éric Ciotti, non parce qu’il ose prononcer le terme de «grand remplacement» lancé naguère par l’écrivain maudit Renaud Camus et repris par Eric Zemmour (avec lequel l’élu des Alpes-Maritimes ne cache pas, d’ailleurs, sa proximité) mais parce qu’il s’appuie sur sa longue et riche expérience d’élu d’une région frontalière et sait tantôt s’exprimer avec le sourire, tantôt faire passer l’émotion en parlant du policier agressé à l’arme blanche auprès duquel il vient de se rendre.

Philippe Juvin, professeur de médecine, suscite, lui, l’intérêt parce qu’il ne plaide pas seulement, avec conviction, pour une meilleure organisation des soins et une réforme de l’hôpital, qui emploie jusqu’à un tiers d’administratifs alors qu’on manque tellement de soignants. Mais parce que, maire de la Garenne Colombes, ancien député européen, il rappelle qu’en 2008, il s’engagea en Afghanistan pour y défendre nos valeurs. Comment fait-il, ce presque nouveau venu dans la cour des grands, dont on pensait qu’il n’obtiendrait pas le nombre de voix suffisant, pour connaître si bien les dossiers en allant ainsi sur tous les terrains ?

Le pari de Xavier Bertrand est que les électeurs LR choisiront le combattant le plus pugnace.

Christine Clerc

On voit que Michel Barnier l’écoute avec sympathie. Avec sa haute stature et ses cheveux blancs, l’aîné des candidats, 70 ans, peut invoquer, lui, à la fois son expérience régionale du temps où il organisait les JO en Savoie et son expérience européenne de négociateur du Brexit. Cela lui donne une autorité calme, parfois presque hésitante, mais l’on y voit un signe de modération alors qu’il va encore plus loin que ses concurrents en réclamant un moratoire sur l’immigration. Et quand il sort de sa poche un petit caillou rond venu de Haïti, on comprend qu’il s’agit de résistance. Résistance aux ouragans. Résistance au déclin, notamment en matière d’éducation et de formation, de la France. Résistance à tous les chefs d’État étrangers, qu’ils soient américains, russes ou algériens, qui se permettent d’humilier la France.

C’est là-dessus que Xavier Bertrand, les deux pieds bien plantés sur le sol, comme s’il se tenait toujours prêt à bondir, s’affirme avec le plus de force. En se réclamant de ses origines populaires et de sa profonde connaissance, comme président de la région Hauts de France, de tous les problèmes humains liés à la désindustrialisation, il se pose en combattant et attaque rudement, et à plusieurs reprises, Emmanuel Macron qui n’a « rien fait » et n’a même pas su se faire respecter des Algériens. Son pari est que les électeurs LR choisiront le combattant le plus pugnace. Celui de Barnier est qu’ils aspirent à une gouvernance mieux partagée. Avec une allure de gaullisme.

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