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lundi, août 15, 2022

Rencontre avec Simone, 86 ans, Claudette, 76 ans et Nicole, 78 ans, qui ont fait le choix de vivre en colocation à Brive

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Dans cette belle demeure qui fait l’angle du boulevard du docteur Marbeau et de l’avenue Jean-Jaurès, à Brive (Corrèze), il y a des fleurs partout. Sur la table basse du grand salon, sur les meubles du vestibule, sur les murs des chambres du troisième étage… Et même sur le foulard et le tee-shirt de Simone, 86 ans.

« Je n’étais pas capable de rester chez moi »

« Quand je me suis installée en mars dernier, j’ai apporté mon lit, une commode que mon mari avait faite, toutes mes plantes, mon fauteuil… » Un confortable fauteuil du même rouge que le canapé tout proche sur lequel aime s’asseoir Claudette, 76 ans. « J’ai été mise devant le fait accompli. J’ai été hospitalisée trois semaines après un malaise diabétique. Je n’étais pas capable de rester chez moi. J’ai regardé les Ehpad, les maisons pour seniors… »

Une vie à leur rythme.

Claudette quitte finalement la Creuse et emménage à la coloc Marbeau. « Je suis arrivée il y a juste une semaine avec ma brosse à dents et c’est tout. Simone et Nicole (*) m’ont dit : “Si tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas”. J’ai été très touchée par cette solidarité », lance-t-elle, un sanglot dans la voix.

Visite guidée dans une colocation de luxe en plein centre-ville de Brive (Corrèze)

« C’est l’assurance d’être ensemble », résume Nicole, 78 ans qui a très mal vécu les mois marqués par l’épidémie de Covid. « J’étais seule. J’ai fait une grosse dépression. J’ai trouvé la coloc Marbeau sur Internet. J’ai été séduite tout de suite. » Ni une, ni deux, elle organise son déménagement en mai. « Ici, je revis. Je suis en sécurité. Il n’y a pas mieux. » Elle ne touche d’ailleurs plus à ses livres de développement personnel sur lesquels elle s’appuyait pour surmonter les moments difficiles.

Simone marche mieux

Depuis que Simone vit là, grâce à sa petite-fille qui a trouvé la maison, elle marche mieux. « Ma fille aînée voulait que j’aille en Ehpad quand mon mari est décédé. À l’époque, je ne savais plus traverser une rue toute seule. »

Aujourd’hui, elle va tous les matins jusqu’à la Halle Gaillarde, à quelques rues de là. À son rythme, mais elle y va. Elle cuisine pour ses colocataires, surtout pour Claudette avec qui, en une semaine, elle s’est liée d’amitié.

« Inconsciemment, j’avais peut-être besoin d’une grand-mère. Je n’ai pas connu les miennes », glisse cette dernière.

Sur la terrasse surplombant le jardin.

Dans le grand salon ou attablée sur la terrasse ombragée surplombant le jardin suspendu, elles se racontent leurs vies. Leurs enfants, leurs époux tous décédés, la guerre… « Je me souviendrai toujours du bombardement de Nantes le 16 septembre 1943. J’étais dessous… » Une vie passée qui laisse place à celle dans la coloc : le tricot, la peinture sur soie, la broderie… « On prend le temps de vivre. On est détendu. » Le petit-fils de Simone a même fêté ses 18 ans lorsqu’elle était encore la seule colocataire. « J’avais bien sûr demandé à Vincent si c’était possible… »

Vincent, leur ange-gardien

Vincent ? C’est Vincent Marcel qui a entièrement rénové la maison pour en faire une colocation haut de gamme. Une sorte d’ange-gardien pour ces drôles de dames. « Dès qu’on a un problème. On l’appelle. » Ce fut le cas, il y a quelques semaines quand Simone est restée coincée dans l’ascenseur. « Je suis présent, reconnaît-il pudiquement. Je gère deux autres colocations plus classiques et celle-ci demande des échanges plus rapprochés. Mais ça a du sens. »

Une colocation pour gagner en autonomie malgré le handicap : on vous explique comment fonctionne ce dispositif en Corrèze

Du sens pour cet homme venu vivre quinze jours cet été à la coloc. « Il avait beaucoup de mal à se remettre du décès de son épouse, se souvient Simone. On l’a requinqué. Quand il est reparti à Paris, il avait retrouvé le moral. » Du sens car ces femmes ne vivent pas seules. « Ici, on chasse la solitude. Et si on a envie d’être tranquille, on monte dans notre chambre. »

Simone dans sa chambre au dernier étage de la maison.

Simone en a fait un cocon avec ses effets personnels. De son petit salon, elle a une superbe vue sur la ville. Claudette attend quelques affaires pour personnaliser sa chambre. Nicole a installé un ou deux tableaux de sa collection dans les parties communes. « Ici, c’est l’idéal, assure Nicole. On peut faire sa cuisine, dormir convenablement… Et voilà, je vais mourir ici », lance-t-elle. « Pas tout de suite », lui rétorquent les deux autres tout de go. « Moi, je n’aurais jamais imaginé vivre dans un endroit pareil. »

(*) Le prénom a été changé. 

Emilie Auffret

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