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mercredi, août 17, 2022

«Si l’on considère le Blanc comme un bourreau, la violence à son encontre devient légitime»

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FIGAROVOX/ENTRETIEN – À Lyon, un homme aurait été violenté et insulté de «fils de pute de blanc» après s’être interposé entre sa compagne et des harceleurs de rue. Pour l’essayiste Céline Pina, ce type d’agression est la conséquence d’un discours faisant de la «blanchité» une marque d’infamie.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de «Viv(r)e la République», elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016) et Ces biens essentiels (Bouquins, 2021).

FIGAROVOX. – Une plainte a été déposée lundi 4 octobre pour «violences commises en réunion» et «injure publique en raison de la race». Un couple aurait été agressé, vendredi à Lyon, sur fond de racisme anti-blanc. Est-ce la preuve que le racisme n’a pas de couleur ?

Céline PINA. – Le racisme est une façon de réduire les personnes à une couleur de peau et d’attribuer des caractères figés à celle-ci. Cette couleur définit ce que vous êtes. Le racisme est une façon de réduire l’individu au groupe, de lui faire endosser un récit qu’il n’a pas construit et de le réduire ainsi à une somme de préjugés et de clichés.

On a longtemps pensé que pour être la cible du racisme, il fallait appartenir à une minorité. Ce que le racisme anti-Blancs nous montre c’est que pour être victime de racisme, il suffit de faire l’objet d’un récit haineux qui réduit l’individu à une apparence que l’on ne peut choisir.

L’accusation de racisme est le fond de commerce d’une gauche qui n’a plus rien à dire au monde et qui faute de se battre pour l’égalité a trouvé un exutoire dans la lutte contre les discriminations

Céline Pina

Le récit sur la «blanchité» est déployé par les racialistes, ces soi-disant antiracistes influencés par le mouvement woke et par les islamistes. Ce racisme anti-blanchité s’est construit sur notre sol autour d’un récit mensonger qui fait du «Blanc» et de l’Occident la source de tous les maux. La colonisation et l’esclavage, pourtant pratiqués également par les arabo-musulmans, les Blancs, les Noirs, les Juifs sont vus comme la seule tare des Blancs. Et dans le même temps leur est refusé le fait que ce sont des Blancs qui ont théorisé le refus de l’esclavage et pensé la dignité humaine fondant l’égalité de tous les hommes.

Leur but, c’est de créer un ressentiment dans certaines couches de la population que l’on invite à s’identifier à des victimes de persécutions pendant que l’on désigne les Blancs comme responsables de toutes les difficultés. Et cela fonctionne.

Une partie de la gauche affirme pourtant le contraire…

L’accusation de racisme est le fond de commerce d’une gauche qui n’a plus rien à dire au monde et qui faute de se battre pour l’égalité a trouvé un exutoire dans la lutte contre les discriminations. À ce titre elle peut nier le racisme anti-Blanc dans la mesure où le fait de cultiver cette forme de haine dans certaines communautés noires ou arabo-musulmanes a des conséquences réelles en termes de décomplexions des agressions mais ne se traduit pas par des contrôles de polices, des exclusions de boîtes de nuit, des difficultés à accéder à l’emploi ou au logement. En d’autres termes, parce que les discriminations raciales sont absentes et ne se traduisent qu’en exclusion sociale quand on appartient à la majorité, la réalité de la haine du blanc, comme le fait que celle-ci est théorisée par des mouvements politiques, est niée.

À partir du moment où on laisse des mouvements politico-religieux semer la haine et faire d’une couleur de peau une marque d’infamie, on autorise la violence. Si le Blanc est bourreau et tous les autres sont ses victimes, alors l’exercice de la violence est justifié, c’est même vu comme une forme de justice

Céline Pina

Elle est d’autant plus niée qu’une partie de la gauche, celle que l’on dit islamo-gauchiste, est coproductrice du discours sur le «racisme systémique» et diffuse un faux récit sur la question de l’esclavage notamment. Cela a d’ailleurs commencé avec Christiane Taubira, limitant sa loi sur la mémoire de l’esclavage à la dénonciation de l’esclavage transatlantique (celui des Blancs) et oubliant la traite arabo-musulmane pourtant plus importante et meurtrière (la castration y était systématique). La justification de ce choix donnée par la politicienne, idole de la gauche, était que les «jeunes Arabes» «ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes ». En revanche, assigner les enfants occidentaux à un héritage infamant ne la dérange pas. C’est d’autant plus ridicule que les esclavagistes étaient rares dans une société où à l’époque 80% des Français vivaient dans les campagnes et dont la société ne reposait pas sur l’esclavage.

Cette instrumentalisation de l’antiracisme, non pour faire avancer l’égalité, mais pour faire le procès de la France et des Français, est l’œuvre de cette partie de la gauche qui a abandonné les luttes sociales au profit de la mise en scène de la haine raciale.

Quels autres enseignements doit-on tirer de ce fait divers ? Est-ce le signe d’une insécurité galopante ?

À partir du moment où on laisse des mouvements politico-religieux semer la haine et faire d’une couleur de peau une marque d’infamie, on autorise la violence. Si le Blanc est bourreau et tous les autres sont ses victimes, alors l’exercice de la violence est justifié, c’est même vu comme une forme de justice.

Cette façon de cultiver la haine de la population dite caucasienne en créant un récit mythique où la population d’origine étrangère est forcément victime et la population du pays d’accueil, forcément coupable, ne peut que donner violences, insécurité et affrontements. Mais cette dimension raciste particulière qui nourrit également l’insécurité est passée sous silence voire niée. Pourtant elle produit des effets réels dont ce type d’agression témoigne.

Parce que le racisme anti-Blanc se déployait sous la bannière et au nom de l’antiracisme, on a laissé les entrepreneurs identitaires tenir ce discours sans oser le combattre.

Céline Pina

Sommes-nous condamnés à l’impuissance face à ce phénomène ?

Non. Il suffit d’arrêter de laisser des militants expliquer que la France a mis en place un racisme systémique, ce qui historiquement correspond à une forme d’apartheid. L’accusation est ridicule mais elle fonctionne auprès du public cible.

Or, au lieu de combattre leurs accusations délirantes et de leur laisser diffuser leur idéologie à l’université, les politiques et les médias ont voulu donner des gages à ces gens qui jugent les hommes en fonction de leur couleur de peau. Parce que le racisme anti-Blanc se déployait sous la bannière et au nom de l’antiracisme, on a laissé les entrepreneurs identitaires tenir ce discours sans oser le combattre. Pire même, il a été repris au plus haut niveau de l’État, le qualificatif «hommes blancs» devenant quasiment une insulte, une offense à la «diversité». On se souvient de Jean-Louis Borloo, réduit à la dénomination d’ «homme blanc» alors qu’il venait remettre un rapport sur la politique de la ville. «Homme blanc» devenait alors un terme humiliant et disqualifiant.

Lutter contre le racisme quel qu’il soit, c’est lutter contre tous les entrepreneurs identitaires, d’extrême droite comme d’extrême gauche, racialistes comme islamistes. Ces gens ont tous la même ennemie: cette idée que les hommes puissent être égaux parce qu’ils partagent la même dignité humaine. Eux sont claniques et classent les individus selon des critères extérieurs: couleur de peau, sexe, religion. À partir des différences ils créent des identités fermées, à partir de ces identités, ils créent des hiérarchies et leur combat consiste à hisser leur clan au sommet de la pyramide alimentaire, pas à créer des valeurs communes, à chercher des valeurs universelles ou un intérêt général susceptible d’unir les hommes dans un projet commun. Eux ne voient de fraternité et d’union possible qu’en fonction d’un taux de mélanine, ce qui équivaut à réduire les liens entre les hommes à leur ressemblance physique et à leur ôter toute possibilité d’union des esprits au nom de la différence des corps. Une régression terrible.

C’est cela que les politiques devraient dénoncer au lieu, pour certains, de voir dans ce type de discours accusateur et raciste une façon de s’assurer une clientèle ethnique. C’est à un effort d’élévation que nos politiques devraient inciter pour que nos liens se fassent sur le partage de principes et d’idéaux et non sur des critères physiques. Ils préfèrent hélas trop souvent se faire les caisses de résonance d’une culpabilité qui n’a pas lieu d’être.

Lutter contre les discriminations quelles qu’elles soient est une cause juste, mais pas quand ce combat devient le prétexte à justifier le racisme. Et la haine du «Blanc» en est une des formes.

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