15.5 C
Vichy
mardi, mai 24, 2022

Un greffier de justice poursuivi pour incitation à la haine sur Twitter devant le tribunal de Brive (Corrèze)

sur

Le tribunal correctionnel de Brive dira fin novembre 2021 s’il entre ou pas en condamnation à l’encontre d’un greffier qui, jusqu’en juillet 2021, exerçait au palais de justice de Périgueux, en Dordogne. Le dossier ayant été dépaysé en Corrèze, c’est devant les juges brivistes que ce quadragénaire s’est présenté le jeudi 28 octobre 2021. 

À la barre, il a exercé son droit à garder le silence. C’est dans les procès verbaux de ses auditions que le tribunal a dû aller piocher pour tenter de comprendre l’attitude de cet homme poursuivi pour « provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ».

Projet d’attentat néonazi : un ancien responsable du Front national de la jeunesse en Corrèze incarcéré

L’anonymat d’un compte Twitter démasqué 

Menée par la sûreté urbaine de Périgueux, l’enquête a démarré à la mi-juillet 2021, après l’accumulation, sur un compte anonyme, mais public, du réseau social Twitter, de nombreux messages haineux  : « Il vaut mieux être fasciste que pédé » ; « l’islam, balaie à chiotte d’Israël » ; « vive la remigration » ; « La France d’abord, la France toujours »…

Mais l’anonymat n’existe pas, même sur Twitter. Les policiers parviennent à identifier l’auteur et interpellent le quadragénaire le 27 juillet, sur son lieu de travail. Lors d’une perquisition à son domicile, ils trouvent des tracts signés de groupes identitaires, dont certains ont été dissous.

Son ordinateur contient trois exemplaires de « Mein Kampf », le livre rédigé par Adolph Hitler, avec de nombreux passages surlignés ; des photos de drapeaux nazis ou de groupes identitaires. L’historique de l’appareil montre des connexions vers des sites négationnistes, complotistes et un intérêt marqué pour les armes de poing ou les fusils à pompe.

Le prévenu n’adhère à aucun groupuscule ou parti, même s’il a approché les Volontaires pour la France, une formation d’extrême-droite au discours antimusulman virulent.

Des messages guidés par « la dérision et l’humour noir »

En fait, il avait créé deux comptes anonymes sur Twitter, tous supprimés depuis. Dans ses auditions, il a estimé que leur contenu était guidé « par la dérision et de l’humour noir, à lire au troisième degré et même au-delà », tout en reconnaissant que cela pouvait choquer.

C’est ce paradoxe, comme l’a qualifié le parquet, qui sera à l’origine d’une demande d’expertise psychiatrique. L’ancien militaire, envoyé par sur des opérations extérieures au Tchad par exemple, souffrirait de troubles comme la paranoïa. Intolérant, incapable d’autocritique, solitaire, il apparaît rigide, y compris physiquement.

Réserviste de la gendarmerie, il envisageait de passer le concours de commissaire de police. Au palais de justice de Périgueux, il défendait les valeurs de la République ; mais une fois rentré chez lui, sur Twitter, il appelait à « rétablir l’ordre » et à renverser cette même République, par les armes.

Une « exhortation à la violence » dénoncée par Me Gaffet, avocat limougeaud, représentant la Licra ; cette association contre le racisme et l’antisémitisme a déposé une demande pour être partie civile, réclamant notamment 1.000 euros de préjudice.

« La liberté d’expression ne permet pas tout »

« Personne ne peut s’abriter derrière la liberté d’expression pour tenir des propos aussi abjects et haineux, ni derrière un humour mal compris », a enchaîné la procureure de la République, Emilie Abrantes, avant de requérir quatre mois de prison avec sursis simple, 3.000 euros d’amende et un stage de citoyenneté. 

Les messages diffusés sur le compte Twitter étaient « objectivement haineux et racistes ».

La liberté d’expression ne permet pas tout, surtout ce qui est pénalement répréhensible (…) Derrière un pseudo, il y avait un greffier, exerçant dans un tribunal. C’est un élément qui interroge sur sa vision de sa profession et les valeurs qu’il veut défendre

Au nom du prévenu, Me Viguier, qui a aussi été l’avocat d’Alain Soral, fondateur d’un site complotiste d’extrême droite, a soulevé plusieurs exceptions en nullité, estimant que son client a été victime « d’une avalanche de procédures qui n’ont pas lieu d’être ».

Convoqué pour une possible révocation

Sur le fond, sa plaidoirie est apparue bien pauvre, le défenseur lâchant même un étonnant « je ne sais pas quoi vous dire » au milieu de son intervention, comme s’il n’avait rien préparé. Il a repris la thèse de la dérision mal comprise : « Vous allez jeter à la rue quelqu’un pour de l’humour ».

Même s’il est condamné, le greffier du palais de justice de Périgueux risque bien plus gros que de la prison avec sursis : il est convoqué dans les prochains jours au ministère de la Justice, sans doute pour une possible révocation.

140 ans de la loi de 1881 sur la liberté de la presse : 5 points pour tout comprendre

Eric Porte

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Nouvelles récentes