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mercredi, août 17, 2022

«Un véritable homme d’État devrait réaffirmer la liberté de choix des individus»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’une dizaine d’hommes politiques ont déjà déclaré leur volonté de briguer l’Élysée, l’avocat Jean-Philippe Feldman déplore le régime politique de la Ve République, qui fait du chef de l’État un «monarque républicain».

Jean-Philippe Feldman est Maître de Conférences à Sciences Po, Avocat à la Cour de Paris, collaborateur de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) et a publié Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron (éd Odile Jacob) en 2020.

La campagne présidentielle est propice aux programmes de candidats qui se déclinent à l’infini sur fond de dépenses publiques croissantes et de promesses qui n’engagent que ceux qui les entendent. Mais hormis le choix d’un président de la République, que choisit-on vraiment ?

Dans la monarchie républicaine qui est la nôtre, si brillamment brocardée par le regretté Jean-François Revel, l’homme politique qui l’emporte est seul maître des destinées du pays. Irresponsable par principe, il n’est engagé par rien et pas plus par son programme électoral généralement flou et informe. Seul libre de choisir pour nous tous azimuts. Mais pourquoi diable laisser un homme choisir pour nous-même ? Pourquoi lui octroyer le pouvoir de choisir pour chacun d’entre nous ?

De manière paradoxale, cet État surpuissant tend de plus en plus à devenir impuissant.

Jean-Philippe Feldman

Aboutissement de l’État providence et de l’État social, notre État est devenu tentaculaire. Il bride, il encadre, il enraye, il enserre. De manière paradoxale, cet État surpuissant tend de plus en plus à devenir impuissant. Au lieu de se concentrer sur ses missions essentielles de sécurité, il se disperse et se mêle de tout jusqu’à ne plus apparaître que comme faible avec les forts et fort avec les faibles.

Comment en sommes-nous venus à abdiquer notre libre arbitre aux mains d’un seul, non pas dans un régime autoritaire ou totalitaire, mais bien dans une démocratie ? Les historiens du futur seront, nous l’espérons, interloqués par cet état de fait. N’est-il pas temps de nous ressaisir ? Prenons pour illustration deux exemples parmi beaucoup d’autres : l’enseignement et la Sécurité sociale.

Pourquoi est-il si difficile de créer une école privée dans l’enseignement primaire et secondaire aujourd’hui en France ? Pourquoi limiter leur capacité d’accueil ? Pourquoi réglementer leur programme au lieu de laisser jouer la subsidiarité et la concurrence ? Le système du bon scolaire ou «voucher» existe dans nombre de pays de par le monde et il permet aux parents, sans contrainte de carte scolaire, de choisir l’école de leurs enfants. De même, pourquoi ne peut-on librement créer des universités privées en France ? Serait-ce une abomination d’avoir le choix de les développer et d’y mettre sa progéniture ?

Nous n’attendons pas d’un candidat, quel qu’il soit, qu’il nous dicte nos normes de vie et qu’il ajoute une nouvelle sédimentation à la réglementation française et bruxelloise qui nous contraint, mais qu’il nous libère des liens qui nous entravent.

Jean-Philippe Feldman

Pourquoi, au-delà d’un socle de solidarité sociale, ne pas avoir recours à des assurances privées contre le chômage ? Pourquoi, au-delà d’un socle de solidarité sociale, ne pas autoriser un libre système de retraite par capitalisation qui permettrait tout à la fois de bénéficier de fonds de pension concurrents pour le développement de l’économie et de constituer des retraites autrement plus substantielles que notre système de retraite par répartition à bout de souffle ? Au demeurant, pourquoi ne permet-on pas aux salariés du secteur privé de disposer a minima du système par capitalisation dont peuvent bénéficier les fonctionnaires par le truchement de la Préfon ?

Nous n’attendons pas d’un candidat, quel qu’il soit, qu’il nous dicte nos normes de vie et qu’il ajoute une nouvelle sédimentation à la réglementation française et bruxelloise qui nous contraint, mais qu’il nous libère des liens qui nous entravent. Quelle noble tâche pour un véritable homme d’État que d’instaurer enfin dans notre pays la liberté de choix des individus ! Quant à ceux que cette liberté inquiéterait pour eux-mêmes ou pour autrui, nous leur rétorquerons, pour paraphraser Benjamin Constant, que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux.

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