33.5 C
Vichy
samedi, août 13, 2022

«Yannick Jadot reste prisonnier du programme des Verts et de leurs dogmes indépassables»

sur

FIGAROVOX/TRIBUNE – Yannick Jadot a remporté la primaire écologiste, à l’issue du second tour qui l’opposait à Sandrine Rousseau. Si l’eurodéputé semble incarner une écologie pragmatique, il devra malgré tout suivre la feuille de route du parti EELV, analyse l’essayiste Jean-Loup Bonnamy.

Normalien, agrégé de philosophie, Jean-Loup Bonnamy est spécialiste de géopolitique et de philosophie politique. Il a publié, avec Renaud Girard, Quand la psychose fait dérailler le monde (collection «Tracts», Gallimard).

La victoire de Yannick Jadot à la primaire EELV peut sembler une bonne nouvelle pour l’écologie. En effet, la folklorique candidate Sandrine Rousseau avait une fâcheuse tendance à oublier les questions environnementales au profit de sujets sociétaux aussi passionnants que «la défense du corps des femmes et des racisés exploités par la violence du système économique» ou «la médecine communautaire» (c’est-à-dire le droit pour les femmes d’être soignées exclusivement par des femmes, pour les homosexuels d’être soignés par des homosexuels, pour les Noirs d’avoir un médecin noir…).

Yannick Jadot apparaît à la fois comme plus modéré, comme plus réaliste et comme un candidat plus sérieux et crédible que Sandrine Rousseau. Il apparaît aussi comme plus authentiquement préoccupé d’environnement et plus informé sur les questions écologiques. Sa victoire est une mauvaise nouvelle de plus pour Anne Hidalgo (déjà créditée pour l’instant d’un catastrophique 4 % dans les sondages), car Yannick Jadot risque bien de s’emparer du peu qu’il lui reste. Cette issue est peut-être même une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron, car Yannick Jadot pourrait aussi mordre sur son électorat.

La victoire de Yannick Jadot n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’écologie car il reste prisonnier du programme d’EELV, de la base sociologique du parti et de l’orientation idéologique des militants.

Jean-Loup Bonnamy

En ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon, il va s’adresser aux électeurs de la primaire EELV qui avaient choisi Sandrine Rousseau et sont aujourd’hui déçus. La parade de séduction a déjà commencé. Cette volonté de captation de «l’héritage Rousseau» pourrait bien se traduire par encore plus d’islamo-gauchisme, d’indigénisme et de tropisme LGBT dans le discours de Mélenchon, à l’opposé de ce qu’avait été son discours patriote et souverainiste de 2017. Signe révélateur, c’est la députée LFI Danièle Obono qui a ouvert le bal, dès les résultats de la primaire EELV connus, en déclarant : «les électeurs de Sandrine Rousseau auront un candidat en 2022 : Jean-Luc Mélenchon». C’est de bonne guerre, mais on comprend mal le but d’une primaire si les électeurs des candidats vaincus ne rallient pas le vainqueur mais le candidat d’une autre formation.

Pourtant, la victoire de Yannick Jadot n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’écologie, car Yannick Jadot reste prisonnier du programme d’EELV, de la base sociologique du parti (des bobos urbains très à gauche et paradoxalement très déconnectés des réalités de la Nature) et de l’orientation idéologique des militants. En réalité, EELV souffre de trois problèmes.

Premier problème : la tendance à substituer des questions sociétales aux questions environnementales n’est pas l’apanage de Sandrine Rousseau, d’Éric Piolle ou de Julien Bayou mais est très forte au sein du parti. Par exemple, beaucoup de membres du parti défendent des innovations sociétales, comme la GPA, qui enfreignent pourtant manifestement les lois et les limites de la Nature. De plus, lorsqu’on lit le programme d’EELV (d’ailleurs rédigé en écriture inclusive), on découvre qu’en matière d’immigration le parti prévoit la régularisation systématique des clandestins, l’élargissement du regroupement familial (dont on sait pourtant à quel point il est déjà large), le droit de vote des étrangers aux élections locales, la fin de la rétention administrative et de l’expulsions des illégaux (mais si on n’expulse plus aucun illégal, on se demande bien quoi sert de maintenir la distinction entre légaux et illégaux), la facilitation de l’asile, l’accueil sans nuances des «mineurs non accompagnés» (dont 80% sont en fait majeurs)… Lorsqu’on lit tout cela, on se pose deux questions. Quel rapport avec l’écologie ? Et ce parti veut-il vraiment accéder au pouvoir ? En effet, dans un pays où 75 % de la population considère qu’il y a trop d’étrangers, le positionnement immigrationniste d’EELV risque bien de l’empêcher d’arriver au pouvoir…et donc d’appliquer un jour ses idées en matière de défense de l’environnement. Mais périsse la planète plutôt qu’un principe !

L’urgence écologique et climatique est bien là. Dans les années 70, Pasolini s’inquiétait déjà de la disparition des lucioles en Italie. Aujourd’hui, un à deux millions de personnes meurent en Chine à cause de la pollution chaque année.

Jean-Loup Bonnamy

Deuxième problème : le libre-échangisme d’EELV et son hostilité à tout protectionnisme. Toute politique écologique crédible implique nécessairement un certain degré de démondialisation. Il n’y a pas d’écologie sans protectionnisme, sans souveraineté, sans frontières, sans localisme, sans patriotisme économique, sans réindustrialisation. Sans protectionnisme, l’écologie est un vain mot, qui ne peut que nuire à notre économie et à nos emplois. Cela ne sert à rien de s’imposer des normes écologiques si cela nous pénalise et nous conduit à importer, après un transport long et polluant, des produits fabriqués à l’autre bout du monde sans aucun respect des normes environnementales. Or, pour EELV, les Nations sont synonymes de mal absolu et toute forme de patriotisme économique ou de protectionnisme apparaît comme une hérésie.

Troisième problème : son hostilité au nucléaire. EELV veut à la fois réduire l’émission de gaz à effets de serre (ce qui est louable) et diminuer la part du nucléaire dans l’électricité française. Mais les deux objectifs sont contradictoires. Les centrales nucléaires émettent en moyenne 80 fois moins de CO₂ par kilowattheure produit que les centrales à charbon et 45 fois moins que les centrales à gaz. La fermeture des réacteurs de Fessenheim se solde déjà par l’émission annuelle supplémentaire de 8 millions de tonnes de CO₂ en Europe, soit l’équivalent de 15% des émissions annuelles d’une région comme l’Île-de-France, et par un approvisionnement moins fiable. Il ne peut pas y avoir d’écologie réaliste sans nucléaire.

Pourtant, l’urgence écologique et climatique est bien là. Dans les années 70, Pasolini s’inquiétait déjà de la disparition des lucioles en Italie. Aujourd’hui, un à deux millions de personnes meurent en Chine à cause de la pollution chaque année. Idem en Inde. Et en France, la pollution menace aussi notre santé.

Nos océans ne se portent pas bien : traversés de câbles pour Internet, pollués, dépeuplés par la surpêche, exposés aux marées noires, souillés dans le Pacifique par un vortex de déchets plastiques («le continent de plastique») qui fait trois fois la taille de la France. Comme le souligne Pierre Vermeren, dans nos contrées, des espèces comme les hérissons, les papillons, les abeilles, les écrevisses ou même les amphibiens (du fait de la raréfaction des mares) sont menacées…La raréfaction des haies est également une catastrophe et il est vital et urgent d’en créer de nouvelles en grand nombre.

Il faut également lutter contre la bétonisation et l’artificialisation des sols : en dix ans, la France a perdu l’équivalent du département de Seine-et-Marne en surfaces agricoles à cause de la bétonisation. Nous devons mettre en place un grand plan de préservation de la biodiversité en France, pour protéger animaux, végétaux, paysages et patrimoine. Mais comment faire lorsque le principal parti à se dire écologiste et son candidat, Monsieur Jadot, défendent bec et ongles les éoliennes, dont la multiplication est une catastrophe pour la biodiversité et les paysages qu’il s’agit justement de protéger ?

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Nouvelles récentes

Trois rendez-vous ce mardi 21 septembre, à Clermont-Ferrand

Voici notre sélection de rendez-vous du jour avec les informations pratiques. Clermont-Ferrand Exposition "Perds pas le Nord" L'exposition du muséum Henri-Lecoq échantillonne les multiples solutions pour ne...