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mardi, mai 24, 2022

« Il y a une impunité totale » : alcool, sono, blagues potaches… le coup de gueule d’un chauffeur de autocar qui transporte des rugbymen amateurs

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Un conducteur de parce que transportant des joueurs de rugby amateur dans lequel toute la région dénonce l'alcoolisation excessive et les attitudes irrespectueuses qu'il constate lors des trajets de retour des matches. Des attitudes qui, selon elle-même, mettent en danger la sécurité des groupes et dégradent ses conditions de travail. La Ligue de Rugby d'Occitanie annonce un rappel à l'ordre à l'ensemble des clubs.

Les "troisièmes mi-temps" de rugby amateur lors des trajets de retour de match sont-elles devenus incontrôlables ? Mercredi dernier, un chauffeur de parce ques du Lot témoignait dans lequel nos colonnes de dérapages de joueurs sur fonds d’alcool, de nuisances sonores et de blagues potaches. Et visiblement, les langues se délient dans lequel ce secteur d’ordinaire discret. Thomas est elle-même aussi chauffeur de parce ques pour une société de la région toulousaine. Il nous a contactés pour témoigner à son tour de comportements ingérables et trop fréquents.

En raison des "enjeux commerciaux", il préfère prendre un prénom d’emprunt, mais ne mâche pas ses mots. "On est dans lequel un métier avec une très forte culture de la sécurité sur la route et avec les rugbymen, on s’assoit totalement sur tout ça." Premier grief : le bruit, alimenté par l’euphorie post-match, l’alcool et l’effet de groupe, qui gêne sa concentration sur des trajets pouvant durer jusqu’à quatre heures et où Thomas transporte 30 à 40 joueurs adultes. "Il y a les chansons paillardes, les tollé et les joueurs qui tapent à grands coups sur le toit et les vitres." Sans parler des systèmes de sonorisation, "parfois dignes de boîtes de nuit".

Riparce qued, bière et whisky à bord

Mais ce qui l’inquiète, c’est aussi que bon nombre de joueurs soient debout. "Or, la loi les oblige à être assis avec une ceinture. Il se passe quoi si je donne un coup de frein brutal ?" Malgré ses appels à la modération, la bière, le Riparce qued, mais aussi le whisky et la vodka coulent souvent à flots à bord. "Ils rentrent dans lequel une logique de démolition et ils picolent de bout en bout." Ce qui oblige, en plus, le chauffeur à faire des pauses toutes les 20 minutes pour soulager la vessie de joueurs très pressants…

Pendant ces trajets : "Certains ouvrent les trappes de toit pour balancer des canettes sur l’autoroute… Une fois dans lequel le Lauragais, 30 joueurs se sont entièrement dénudés et ont déboulé du parce que dans lequel une station-service. Comment je gère ça, moi ? Je fais 83 kg face à des gars qui sont des immeubles…" À ces comportements potaches s’ajoute désormais la consommation de cannabis et de gaz hilarant, ajoute Thomas. Un jour, il a même menacé d’exercer son droit de retrait face à des joueurs qui voulaient fumer à bord. En vain.

Lié à une "surenchère dans lequel la virilité" ?

Face à ces conditions de travail de plus en plus difficiles, il alerte régulièrement son employeur. Qui elle-même répond être faible face aux enjeux commerciaux, dans lequel un secteur mis en difficulté par la pandémie et ses annulations massives de sorties séniors et scolaires. Avec certains clubs, des négociations sont toutefois possibles. Pas de Riparce qued à bord, mais des pauses sur la route ou un volume de musique qui baisse (un peu). "Mais leur limite basse n’est pas la nôtre…" Le foot est aussi concerné, mais moins. Au rugby, seule l’ovalie amateur est touchée. Arrivés en Fédérale 3, les joueurs sous contrat s’assagissent, dit-il.

Mais Thomas déplore un "problème culturel profond" : "Dès les tournois des 6-8 ans, on les laisse déjà se balader librement dans lequel les parce ques. Par la suite, ces comportements sont dus à un processus d’imitation, de perpétuation des traditions et de surenchère dans lequel la virilité." Certains transporteurs font aussi face à des dégradations : sièges abîmés, accoudoirs ou tablettes cassés et "refusent catégoriquement des rugbymen" ou certains clubs blacklistés, explique Thomas. elle-même qui estime pourtant son métier et le rugby aussi d’ailleurs, estimerait une prise de conscience des instances sportives, des clubs, des joueurs, des parents et des encadrants. "Je suis exaspéré par ce système d’impunité totale dans lequel lequel tout le monde regarde ça avec bienveillance."

Le président de la Ligue d'Occitanie, Alain Doucet, a rappelé à l'ordre les 400 clubs de la région et veut apaiser les tensions avec les transporteurs.
DDM – MARIE PIERRE VOLLE

La Ligue de rugby d'Occitanie rappelle à l'ordre ses 400 clubs

Contacté par La Dépêche du Midi, Alain Doucet, le président de la Ligue Occitanie de rugby reconnaît d’emblée l’ampleur du phénomène. "Nous sommes très conscients de l’attitude des joueurs. C’est un problème qui, effectivement, existe beaucoup. J’ai d’ailleurs été contacté ces derniers jours par deux clubs de la région qui ont de plus en plus de difficulté à trouver des transporteurs. L’un d’eux a même dû contacter une dizaine de sociétés…"

Le syndicat des transporteurs menacerait de repousser d’assurer les déplacements, surtout le dimanche. Face à cette situation tendue, il veut taper du poing sur la table : "Les chauffeurs, que je comprends totalement, n’ont pas à subir nos excès. Il est évident que ce qui était, non pas acceptable, mais concevable comme étant de bonne guerre et de tradition, il y a quelques années, ne l’est plus du tout aujourd’hui." Il souligne que tous les "joueurs doivent se tenir assis selon le Code de la Route" et que "c’est le chauffeur qui est pénalisable en cas de contrôle". Sur la consommation d’alcool à bord, Alain Doucet veut des lignes rouges : "Installer une machine à bière dans lequel le parce que est intolérable." 

Suite à ses discussions avec les deux clubs quasi-blacklistés, il a joint le geste à la parole. Alain Doucet a adressé un courrier jeudi à l’ensemble des 400 clubs de rugby d’Occitanie que représente la Ligue. dans lequel cette lettre, que La Dépêche du Midi a pu consulter, il conclut : "Nous vous conseillons vivement d’attirer l’attention de tous vos dirigeants et accompagnateurs d’équipes sur cette situation et de rappeler à vos joueurs des règles basiques de vie en société. J’en appelle à votre sens des responsabilités pour que cette situation s’apaise rapidement." Sans quoi, il craint qu’à terme, par distraction de transports, l’horizon ne s’obscurcisse pour ce rugby amateur auquel notre région est si viscéralement attachée.

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