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vendredi, juillet 1, 2022

«La forme a contredit le fond mais le propos était audacieux»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Valérie Pécresse a tenu son premier grand meeting le 13 février à Paris. Sa prestation est fâcheuse sur la forme mais de grand intérêt sur le fond, analyse Arnaud Benedetti.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il est rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Il publie Comment sont morts les politiques ?, Le grand malaise du pouvoir (éd. du Cerf, novembre 2021).

Le premier meeting de campagne de Valérie Pécresse avait été investi par les commentateurs, non sans une certaine pointe d’irrationalité, comme un moment-test : test de la capacité à permettre un rebond de la candidate désignée par Les Républicains, test de son aptitude à se livrer à un exercice oratoire censé sceller la rencontre avec le peuple, test de mobilisation aussi.

La dramaturgie médiatique aura joué à plein avant, pendant et après, tordant pour une part une interprétation raisonnée d’un instant où la présidente de la région Île-de-France qui, si elle n’est pas parvenue forcément à convaincre, n’a pas pour autant démérité.

Une bataille pendant et après son intervention s’est livrée dans l’arrière-cour numérique de l’événement, qui souvent désormais contribue à construire les grilles de lecture des observateurs médiatiques. La contre-offensive conduite par les concurrents de l’aspirante LR à l’Élysée a dessiné une représentation d’une oratrice maladroite, surjouant ou ne maîtrisant que peu la dimension technique du format, générant un soupçon d’insincérité, produit de la perception d’un hiatus entre le contenu d’un texte résolument à droite et une oralité dont la fragilité infirmait la bonne appropriation.

Tout s’est passé comme si a récitante n’avait pas été en mesure de pénétrer la chair des valeurs qu’elle entendait porter au-delà du peuple militant, au peuple tout entier.

Arnaud Benedetti

Tout s’est passé comme si la forme venait à contredire le fond, ou le démentir, comme si la récitante n’avait pas été en mesure de pénétrer la chair des valeurs qu’elle entendait porter au-delà du peuple militant, au peuple tout entier. C’est un fait : Valérie Pécresse n’est certainement pas une grande oratrice, mais les filtres de l’instantanéité des 280 caractères de Twitter auront tout autant contribué à démonétiser sa prestation que la prestation en tant que telle.

C’est autour du meeting, dans son environnement digital, que s’est joué pour une grande part le sort de ce dernier ; faute de l’avoir anticipé, l’encadrement de campagne de la candidate paye cash son déficit dans ce domaine, la comparaison avec les activistes de la concurrence, notamment ceux de chez Éric Zemmour, ne résistant pas à l’épreuve des faits. Cette absence d’agilité sur les réseaux n’a sans doute pas exclusivement nourri les interprétations négatives, mais elle a immanquablement contribué à en optimiser la force corrosive.

La dominante d’une tonalité numérique forge le regard et les décryptages des professionnels des médias dans leur production éditoriale immédiate. La forme a tout arraché ou presque, confirmant ce constat que, construite par et pour la communication, la lecture de la politique s’en ressent nécessairement, laissant de côté d’autres dimensions, comme celles des nervures idéologiques, de leurs évolutions ou des composantes sociologiques .

Bien évidemment, l’enjeu pour Valérie Pécresse était de raccrocher les wagons de toutes les droites, de restaurer cette droite dont l’un de ses compétiteurs les plus directs et redoutables, Éric Zemmour, ne cesse de marteler qu’elle n’est plus qu’un amoncellement de promesses évanouies, de trahisons constantes, d’illusions perdues.

À cette accusation de grand renoncement, jamais avec tant de prises de risques la championne des LR n’aura essayé de répondre en effaçant son logiciel technique au profit de la rhétorique lyrique du récit, mais surtout en endossant jusqu’à la sémantique la plus controversée du « grand remplacement ».

Arnaud Benedetti

À cette accusation de grand renoncement, jamais avec tant de prises de risques la championne des LR n’aura essayé de répondre en effaçant son logiciel technique au profit de la rhétorique lyrique du récit, mais surtout en endossant jusqu’à la sémantique la plus controversée du «grand remplacement», que même un Nicolas Sarkozy de 2007 n’avait osé faire sien et auquel Marine Le Pen se refuse désormais de cotiser. Ce virage en épingle à cheveux vise à couper la route du Z, à dépasser sur sa droite celle de Marine Le Pen, dans un aggiornamento peut-être sans précédent en près de deux décennies de droite de gouvernement.

Dans la course serrée à la qualification au second tour, Valérie Pécresse obéit au concept mitterrandien : rassembler son camp, tout son camp, rien que son camp au moment où tous les sondages montrent jour après jour que le curseur de ce camp-là justement penche à droite résolument et de manière décomplexée. S’il s’agit d’une manœuvre, c’est audacieux ; s’il s’agit d’une rupture, c’est un événement. Dans tous les cas, ce n’est pas à l’aune d’un simple exercice de communication, raté ou non, qu’il faut lire ce meeting mais aux répercussions qu’il ne manquera pas d’avoir sur la dynamique de campagne dans les semaines à venir.

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