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mercredi, août 17, 2022

«La politique culturelle qui sera menée les prochaines années déterminera l’avenir de notre civilisation»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu ce 10 avril, Marguerite Frison-Roche, déplore que la culture soit la grande absente des débats politiques.

Marguerite Frison-Roche est manager culturel, diplômée de Sciences Po et de l’Académie de la Scala de Milan.

De débats en interviews, les candidats à la présidence de la République et leurs porte-parole confrontent leurs programmes. Face à eux, les journalistes s’échinent à trouver la faille dans les mesures et les chiffrages, traquant le réalisme derrière la démagogie électoraliste. On parle du pouvoir d’achat, de l’environnement, de la sécurité, de la diplomatie, de l’éducation nationale, de la défense. Un sujet, qui représente pourtant un ministère, est le grand absent de ces débats : la culture.

Depuis les maisons de la culture de Malraux qui voulait la rendre accessible aux classes populaires à l’abolition de la hiérarchie et des critères d’esthétique par Jack Lang, aucun ministre de la culture ne s’est imposé dans le paysage politique. Après Pompidou l’amoureux des lettres, Valéry Giscard d’Estaing le premier en tout, et François Mitterrand le piètre économiste à l’esprit ciselé par les grands écrivains de droite, les présidents se succèdent toujours moins enrichis par les références littéraires. On se souvient du différend entre la princesse de Clèves et Nicolas Sarkozy.

À l’heure où la France freine sa dilution dans une culture globale, dominée par l’imaginaire américain, que l’Occident chrétien ne cède pas à l’islamisme rampant dans les choix des vêtements ou la prolifération des minarets, les vignobles bordelais sont rachetés par les Chinois et l’île Saint-Louis par les Qataris, quelle politique choisir ?

Marguerite Frison-Roche

Le ministère est le moins doté avec seulement 1 % du budget et le secteur a été particulièrement touché par les confinements successifs. Le monde s’est ému des salles de théâtre et de cinéma désertées pendant quelques mois et puis la politique a suivi son cours vers d’autres priorités. Alors que le prix de l’essence explose, que les Ukrainiens se battent et meurent pour leur liberté, que neuf millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté et que la menace terroriste plane toujours, l’avenir des salles de spectacles semble dérisoire. La culture est présente dans les activités des Français – qui ont notamment redécouverts les bienfaits de la lecture pendant le confinement – mais comme un divertissement pour fuir le réel.

Pourtant tous les candidats ont une vision de la politique culturelle. Mélenchon dénonce «l’art et la culture saccagés par l’argent roi». À l’instar d’Anne Hidalgo, Éric Zemmour propose de renforcer l’éducation artistique. Il aspire à rendre à la France sa grandeur par l’exception culturelle française ; terme que le Emmanuel Macron de 2022 reprend volontiers à son compte contre le «il n’y a pas de culture française» de 2017. Le RN veut inscrire la défense du patrimoine dans la constitution et les verts militent pour “une approche écologique” de sa préservation. Les partis de droite s’unissent pour dénoncer la laideur de l’art moderne et défendre les règles conservatrices de la grammaire alors que «celles et ceux» de gauche souhaitent les réinventer avec l’écriture inclusive. «Chacun s’émancipe par la culture» conclut Mélenchon dans son programme auquel sans doute tous les partis souscriraient si leur acceptation du mot culture était la même.

Or, au-delà de la simple confrontation des programmes, ce sont des visions de la société qui s’affrontent. Après avoir brouillé les pistes du traditionnel duel droite-gauche en 2017, l’élection présidentielle de 2022 signe non plus la préférence d’une politique contre une autre mais un choix de civilisation dont la culture française est le fondement. À l’heure où la France freine sa dilution dans une culture globale, dominée par l’imaginaire américain, que l’Occident chrétien ne cède pas à l’islamisme rampant dans les choix des vêtements ou la prolifération des minarets, les vignobles bordelais sont rachetés par les Chinois et l’île Saint-Louis par les Qataris, quelle politique choisir ?

Préférons-nous penser avec Kundera que « la culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre » ou faire table rase du passé, toujours coupable de porter en lui des systèmes d’oppression.

Marguerite Frison-Roche

L’élection se jouera entre ceux qui veulent que la France reste la France, l’union populaire des cultures en France, la culture mondialiste, le rejet de la culture française jugée ringarde au profit de la créolisation ou s’abandonner au wokisme qui invoque un nouvel ordre fondé sur l’idéal d’égalité. Préférons-nous penser avec Kundera que «la culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre» ou faire table rase du passé, toujours coupable de porter en lui des systèmes d’oppression. Il s’agira de choisir la langue dans laquelle on exprime les subtilités de l’âme, les paysages juchés ou non d’éoliennes, les livres et les films épurés des remarques jugées discriminantes, la blanchité de la gastronomie française, les statues à abattre…

Si la politique culturelle semble délaissée, la culture est omniprésente dans les choix politiques et la guerre en Ukraine le rappelle cruellement. C’est devenu un moyen de pression sur Poutine et les artistes russes sont désormais persona non grata en France. Bientôt, on ne programmera plus Tchekhov et l’on s’interdira de lire Dostoïevski au nom d’une solidarité factice qui se trompe de combat. Deux blocs aujourd’hui s’affrontent : ceux qui se nourrissent des chefs-d’œuvre de l’humanité comme un enseignement universel sans se soucier de morale, et ceux qui font primer la non-discrimination sur la pertinence et l’esthétique. Deux philosophies d’où découlent deux politiques culturelles.

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