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vendredi, juillet 1, 2022

«Le “en même temps” a laissé place à un “copier-coller” laborieux»

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TRIBUNE – Emmanuel Macron a donné son unique meeting de campagne, samedi 2 avril. Cet unique rendez-vous de campagne interroge sur la capacité du président sortant à mobiliser, analyse Arnaud Benedetti.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il est rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Il a publié Comment sont morts les politiques ? – Le grand malaise du pouvoir (éd. du Cerf, nov 2021).

Nul ne peut dire ce qui sortira des urnes dans une semaine mais le meeting d’Emmanuel Macron, le seul de sa campagne qu’il a rendu lui-même de son propre chef impossible, illisible, inaudible a tout du lapsus, de l’acte manqué, de ce que l’exploration psychanalytique dit de nos frustrations et autres échecs. Il y a clairement quelque chose de déréglé dans la mécanique macroniste, comme si les planètes s’étaient subitement désalignées.

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Et Emmanuel Macron, dont le flair est incontestable, l’a sans doute pressenti. Il ne pourra même pas exciper une salle bondée et débordante – nombre de prises de vues ont capté des travées vides, ce qui n’est pas sans interroger sur la capacité pour un candidat favori des sondages à mobiliser de manière indiscutable pour la seule et l’unique grande messe militante qu’il s’est choisie dans sa quête électorale. L’Arena était manifestement surdimensionnée, et l’obstacle plus généralement trop élevé. Mais parmi les observateurs «autorisés» force est de constater que le président sortant a bénéficié de cette indulgence que l’on n’aura pas accordé à une Valérie Pécresse en souffrance lors de l’accident de communication du Zénith. Tout lors de cet instant partisan relevait de l’entreprise de réassurance dans un contexte où le sismographe des intentions de vote indique des oscillations dont on ne sait si elles sont ou non annonciatrices de perturbations plus amples.

Emmanuel Macron a voulu aussi parler à ces classes populaires dont il craint le réveil à la lecture des sondages qui tracent un retour de dynamique en faveur de Marine le Pen.

Arnaud Benedetti

Emmanuel Macron a voulu de l’image, à l’américaine, pour réenchanter sa narration ; il a voulu aussi parler à ces classes populaires dont il craint le réveil à la lecture des sondages qui tracent un retour de dynamique en faveur de Marine le Pen ; il a tenté de rééquilibrer sur sa gauche une offre qui depuis cinq années aura tout fait pour faire oublier justement sa genèse.

De cet instant qui se voulait tout à la fois glamour avec le baiser à Brigitte, fervent avec la jeunesse militante exhibant son enthousiasme en tee-shirt, «cool» avec ces ministres et autres dirigeants esquissant la «ola» ou s’essayant à la harangue mégaphone à la main, ses initiateurs escomptaient qu’il dissipe le doute qui s’est installé sur la pertinence de la trajectoire de campagne d’Emmanuel Macron et des prédispositions tactiques la sous-tendant.

Cet exercice d’admiration collective a confirmé la solitude du pouvoir dont le projet principal consiste à se rééditer, à se reproduire, à se pérenniser.

Arnaud Benedetti

À ce stade, rien ne peut confirmer la performativité de l’événement. Loin de là, le grand coup annoncé n’a pas vraiment eu lieu, nonobstant l’énergie de l’orateur présidentiel qui se voulait solaire, mais qui fut surtout solitaire. Cet exercice d’admiration collective a confirmé la solitude du pouvoir dont le projet principal consiste à se rééditer, à se reproduire, à se pérenniser. Ce fut en quelque sorte une saison 2 mais sans la nouveauté «innocente» de la saison 1.

L’invention marketée du «en même temps» a laissé la place au «copier-coller» laborieux d’une programmation dissimulant mal l’impression d’une fuite en avant, comme s’il ne fallait jamais cesser de pédaler sur le fil impromptu d’une crise de régime qui ne dirait pas son nom ; le mouvement des marcheurs de 2017 n’a pu dissiper cinq ans plus tard, à la vue des adversaires d’hier, comme entre autres Valls et Raffarin dorénavant réunis, ce fantasme élitaire d’un parti unique qui réglerait enfin l’angoisse existentielle des alternances incontrôlées ; enfin quant à lui, le maître proclamé des horloges, tout à sa volonté de susciter l’art du contrôle et du temps, et des événements, n’est pas forcément parvenu à nous convaincre que cette campagne qu’il n’avait pas voulue n’était pas en définitive sur le point de le rattraper.

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