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vendredi, juillet 1, 2022

Le pays de Saugues (Haute-Loire) mobilisé autour de Tetyana et Eric qui organisent une collecte pour l’Ukraine

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Jean, les bras chargés d’un imposant carton, franchit la porte de « La Pastourelle », que lui tient ouverte son épouse Maryse. Arrivant de la Besseyre-Saint-Mary, le couple est accueilli par Éric Dumas, le patron du bar-restaurant de Venteuges, qui le guide vers la salle de restaurant où s’alignent et s’entassent, une fois triés, des dizaines et des dizaines de colis sous le regard de Tetyana, sa femme. « C’est très touchant, confie-t-elle. On s’y attendait car nous avons beaucoup d’amis mais pas autant…. »

« Un choc énorme »

En France depuis 2009, Tetyana a grandi en Ukraine dans la région de Vinnitsa, où réside toute sa famille, dont ses parents et sa grand-mère âgée de 92 ans. « Je les appelle tous les jours. Psychologiquement, c’est très difficile, un choc énorme, total. »

 

La jeune maman de 44 ans, qui suit une formation d’aide-soignante, marque une pause, prend son téléphone portable, puis fait défiler les photos. Elle s’arrête sur une vidéo montrant une épaisse fumée noire s’élevant dans les airs. « Vous voyez, c’est une base militaire proche du domicile de mes parents, ils l’ont attaquée dès le premier jour. »

« Tout quitter comme ça avec une seule valise, c’est dur »

Elle pense à ses proches, à sa maman diabétique qui ne peut plus se fournir en médicaments. « Elle devient aveugle », ajoute Éric, prêt à faire le voyage jusqu’en Moldavie, située à 140 km de leur village. « Tout quitter comme ça avec une seule valise, c’est dur », complète Tetyana, pour indiquer que sa famille n’envisage pas de partir dans l’immédiat.

 

« Les Ukraniens sont des gens très costauds mentalement, enchaîne Éric, qui s’est rendu à 17 reprises en Ukraine. Ils ont une force de caractère incroyable. Jusqu’à la mort, ils ne lâcheront rien. » Il indique que son beau-père « a posé la kalachnikov sur la table de la cuisine ». Et Tetyana de préciser que dans les villages, « les hommes se relaient pour surveiller les entrées de façon à mieux réagir et donner l’alerte ».
Éric Dumas parle de la grand-mère, dont le père avait été envoyé au goulag en Sibérie par Staline. « Il a travaillé à la construction d’une voie ferrée qui n’a jamais servi. Il n’est jamais revenu… C’est dommage qu’elle voit ça. »

Éric Dumas prépare un nouvel envoi de colis, qui seront acheminés en Ukraine avec l’aide d’une entreprise de Langeac. Au retour, l’idée serait de prendre en charge des réfugiés.

Tetyana saisit à nouveau son téléphone portable, un SMS vient d’éclairer l’écran. Elle y jette un rapide coup d’œil, puis ouvre une deuxième fois sa photothèque, s’arrête sur un dessin de ses filles Sofia, 12 ans, et Elouise, 10 ans, montrant une scène de guerre avec un avion larguant une bombe. « Leur manière à elles d’exprimer leur colère », souligne-t-elle.

« C’est incroyable… »

La porte d’entrée du bar s’ouvre une énième fois. Un habitant du pays de Saugues apporte plusieurs rouleaux de scotch pour fermer les cartons. La solidarité est omniprésente depuis qu’Éric a lancé la collecte. « C’est incroyable. Les gens viennent de partout, de Lozère mais aussi d’Ambert dans le Puy-de-Dôme. Un véritable élan s’est créé, c’est extraordinaire. Nous les remercions, l’usine Borde également qui nous a fourni les cartons. Mercredi, je vais tout amener à Allègre. » L’ensemble de la collecte sera confié à « trois associations de bienfaisance des sapeurs-pompiers de l’urgence internationale » réunies autour de l’opération « Solidarité avec l’Ukraine ». Le contenu des colis sera distribué aux réfugiés, et dans les villes et villages ukrainiens dans la mesure où les déplacements pourront s’effectuer sans danger.

Comment aider les Ukrainiens depuis Brioude (Haute-Loire) ?

Dans l’immédiat, Éric Dumas, rejoint par un de ses cousins attaché jusqu’alors à effectuer le tri de tous les arrivages, s’inquiète de trouver des fourgons pour tout acheminer à Allègre. La solution viendra peut-être d’un client, lui aussi mobilisé avec le club de football local. Le patron de la Pastourelle sait qu’au Pays de Saugues, la générosité et l’entraide ne sont pas de vains mots. Et que la collecte ne s’arrêtera pas ce mercredi… 

Jean-Luc Chabaud

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