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mardi, mai 24, 2022

Pourquoi la criminalité ressurgit à New York

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Mardi 12 avril, 23 personnes ont été blessées lors d’une fusillade dans le métro new-yorkais. Depuis que la ville a abandonné la politique de tolérance zéro, elle connaît une recrudescence des violences et de l’insécurité, explique Pierre-Marie Sève.

Pierre-Marie Sève est délégué général de l’Institut pour la Justice (IPJ), une association de citoyens mobilisés au côté des victimes.

Mardi 12 avril, un homme entre dans une rame du métro de New York, il déclenche deux bombonnes de fumée et tire au hasard. Le bilan est lourd, mais le pire aurait été évité avec 23 blessés mais dont aucun ne serait en danger de mort. En attendant que la police éclaircisse les tenants et les aboutissants de ce fait divers, il met en lumière un phénomène préoccupant dans la ville la plus peuplée des États-Unis. En effet, depuis plusieurs décennies, New York est le véritable laboratoire des politiques publiques quant à la criminalité.

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Dans les années 1990, la ville de New York était proprement Gotham City et avait une très mauvaise réputation. Le nombre de crimes violents avait connu une hausse sans précédent: +300% de crimes
violents entre 1960 et 1990. Le nombre d’homicides atteignait des sommets: 2245 homicides en 1990. Pour comparaison, il y a en France un peu moins de 1000 homicides par an, quand nos voisins
italiens font encore mieux avec 245 homicides pour l’année 2020.

Bref, la ville de New York dans son entièreté était devenue extrêmement dangereuse. Cette situation avait poussé les New-Yorkais à quitter la ville pour s’installer dans les banlieues et à notoirement éviter le métro, entièrement recouvert de graffitis tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des rames. À l’époque, le fatalisme régnait. Le FBI, par exemple, dans son rapport annuel national sur la criminalité prévenait: «l’homicide criminel est en grande partie un problème de société qui échappe à l’action de la police».

Mais, en 1994, a débuté à New York un des phénomènes criminologiques les plus spectaculaires de l’Histoire moderne.

Cette année-là, est arrivé à New York un homme du nom de William Bratton. Bratton avait été nommé chef de la police de New York par le maire républicain Rudy Giulianiet il ne croyait au fatalisme sur la criminalité. William Bratton adhérait plutôt à plusieurs théories sociologiques et criminologique: d’abord la théorie de la vitre brisée, celle selon laquelle une vitre brisée dans un quartier produit un effet négatif décuplé en envoyant le message aux citoyens que ce quartier est abandonné. Bratton croyait en la tolérance zéro et il croyait en la rationalisation du crime.

Si tous les petits délinquants ne sont pas des criminels, tous les criminels commettent de petits délits.

Pierre-Marie Sève

Tout a commencé dans le métro new-yorkais. Bratton y avait été chef de la police des transports et avait commencé à expérimenter ses théories. La première stratégie mise en place concernait les fraudeurs à l’entrée du métro. En application de la tolérance zéro, la police des transports avait décidé de systématiser les contrôles de billets. Bien sûr, de nombreux New-Yorkais ayant pris l’habitude de frauder mais honnêtes par ailleurs, ont grincé des dents. Mais une minorité importante des personnes arrêtées aux portiques, s’avéraient être des gros bonnets, des criminels en puissance. En effet, si tous les petits délinquants ne sont pas des criminels, tous les criminels commettent de petits délits.

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Additionnellement, cette tolérance zéro était vue comme un impératif moral pour la police de New York car ce sont les habitants des zones les plus défavorisées qui sont les premières victimes de
l’insécurité. Parallèlement, fidèle à la théorie de la vitre brisée, Bratton a posé une interdiction aux rames pleines de graffitis de circuler. Le nombre de trains a drastiquement diminué au début, mais petit à petit, le message est passé aux auteurs de graffitis : « votre graffiti sera nettoyé dans la journée où vous l’aurez faite et il ne sert à rien de perdre des heures. » Les auteurs de graffitis, eux, étaient systématiquement poursuivis, ce qui était une petite révolution pour la régie des transports New-Yorkais. Soudainement, le nombre de crimes violents diminua drastiquement et le nombre d’usagers du métro grimpa en flèche.

Chaque fait criminel était traqué et tracé au sein du système informatique.

Pierre-Marie Sève

Après le métro, Bratton étendit ses méthodes dans toute la ville. La police de New York a d’abord adopté un système du nom de CompStat pour « computer statistics », qui rendait, en temps réel, les informations remontées par les commissariats de la ville. Chaque fait criminel était traqué et tracé au sein du système informatique. Tous les responsables de district devaient alors rendre des comptes à la direction chaque semaine, au sein de réunions connues pour être particulièrement rudes.

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Deuxième stratégie : une police proactive. Les policiers étaient légalement autorisés à questionner les personnes suspectes. William Bratton les y obligea, tout simplement. Il avait même pour habitude de circuler la nuit en voiture pour contrôler ses agents. Avant même qu’il ne commette un délit, une personne se tenant de manière suspecte à un arrêt de bus connu pour être une zone de trafic serait interrogée, voire fouillée. La nouvelle s’est répandue et les criminels ont cessé de porter leurs armes sur eux.

Les stratégies policières et judiciaires ont été mises en place dans les années 1990 et ont fortement contribué à faire diminuer le nombre de crimes violents. En 1990, il y avait 2245 homicides. En 2018, il n’y en avait que 289, soit une baisse de 87%.

Devenue une des villes les plus sûres du monde ces dernières années, New York est soudainement rattrapée par ses vieux démons.

Pierre-Marie Sève

Mais malheureusement, tout ce travail pourrait être en grave danger aujourd’hui. Les États-Unis dans leur ensemble ont été touchés par une vague de wokisme et d’antiracisme jusqu’à l’irrationalité la
plus complète.

Ainsi, les responsables de la ville de New York ont effectué un virage à 180 degrés. Le procureur de la ville (élu) a ainsi annoncé qu’il ne poursuivrait plus les petits délits car il s’agirait d’un «délit causé par la pauvreté». Dans le même esprit, le conseil municipal de New York et la législature de New York ont allégé les sanctions prévues pour les petits délits comme le fait d’uriner en public ou de consommer de l’alcool dans la rue.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre et les statistiques repartent à la hausse de manière dramatique. Il y avait 319 homicides en 2019, en hausse par rapport à 2018, et 462 en 2020. Plus récemment la police de New York a mis en garde dans son rapport mensuel de janvier 2022, rappelant que le nombre de crimes de toutes catégories était en hausse dramatique par rapport à
janvier 2021 : + 27% de viols, + 33% de vols, +12% d’agressions. Devenue une des villes les plus sûres du monde ces dernières années, New York est soudainement rattrapée par ses vieux démons.

La ville de New York est l’exemple même que l’action publique a un effet sur la criminalité et que la violence et l’insécurité ne sont jamais des fatalités. Lorsque la police et la Justice travaillent ensemble à un objectif de protection des citoyens, la violence peut être largement combattue. Mais la condition indispensable à ce bon fonctionnement est la fermeté. Lorsque les règles sont clairement établies et que leurs violations sont clairement sanctionnées, alors les délinquants et les criminels comprennent que l’impunité a cessé et que la posture victimaire ne servira à rien.

Le résultat est limpide: moins de délinquants et de criminels dans les rues, moins de victimes et de familles éplorées, des milliers de parcours délinquants évités.

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