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vendredi, juillet 1, 2022

«Qui protègera les agriculteurs contre la violence des antispécistes ?»

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Le 1er février, l’association L214 a obtenu la mise à l’arrêt de la cellule Déméter censée protéger les agriculteurs des actes «de nature idéologique». L’avocat Timothée Dufour dénonce la décision du tribunal qui intervient dans un contexte de hausse des violences envers les agriculteurs.

Timothée Dufour est avocat au barreau de Paris.

Alors que le salon de l’agriculture doit ouvrir ses portes dans moins d’un mois, après deux ans d’absence, les agriculteurs font face à une hostilité croissante. Outre les intrusions de militants antispécistes dans les exploitations agricoles, les actes de vandalisme, se multiplient et les discussions houleuses entre agriculteurs et voisins urbains tournent mal et vont parfois jusqu’à l’agression physique.

Les atteintes à l’encontre des agriculteurs sont en effet en hausse, selon les chiffres publiés par le ministre de l’Intérieur. Au 1er novembre 2019, près de 15.000 faits étaient déjà enregistrés pour l’année 2019, soit 2 toutes les heures. La même année, plus de 1.000 actions d’intrusions ont été recensées, toujours selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Une lecture assidue de la presse régionale suffit pour s’en convaincre, comme l’atteste le procès hors norme qui s’est tenu le 28 février dernier devant le Tribunal correctionnel du Mans. Étienne Fourmont, ce Sarthois qui notamment élève des vaches laitières a dû affronter ses agresseurs, soit neuf militants de la cause animale, jugés pour une dizaine de faits de diffamation, dégradations de biens, notamment sur plusieurs bâtiments dont l’agriculteur est propriétaire.

Il n’était, hélas, pas le seul. Une quarantaine d’agriculteurs, de syndicats agricoles et de sociétés diverses s’étaient également portés partie civile dans ce procès. Les murs de leurs exploitations avaient notamment été tagués avec l’inscription «assassin» et une partie de leur cheptel avait été volée.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, avait d’ailleurs fait le déplacement en soutien à son collègue Sarthois. «On ne peut pas continuer à travailler dans le risque», a-t-elle rappelé aux journalistes présents. C’est dire si l’heure est grave, au regard de la multiplication d’incidents sur tout le territoire métropolitain.

La multiplication de ces actes de malveillance, dont nos agriculteurs sont les victimes de la part le plus souvent de militants antispécistes, s’inscrit dans ce phénomène dit d’ensauvagement de notre société, terme employé par le ministre de l’Intérieur lui-même…

Timothée Dufour

À l’autre bout du territoire, un agriculteur de Saint-Aignan, dans le département de l’Ain, a aussi été violemment frappé en 2021 par un habitant qui lui reprochait un épandage de lisier. Venu pour discuter, il est reparti le visage en sang couvert de contusions ayant entraîné une semaine d’arrêt de travail. Gérard Praudel, agriculteur dans l’Essonne, a quant à lui été pris à partie et son matériel agricole détérioré la même année par des voisins en plein barbecue et qui lui demandaient d’arrêter sa moissonneuse.

La multiplication de ces actes de malveillance, dont nos agriculteurs sont les victimes de la part le plus souvent de militants antispécistes, s’inscrit dans ce phénomène dit d’ensauvagement de notre société, terme employé par le ministre de l’Intérieur lui-même pour caractériser une montée de la violence dans notre société. «Les actes de ces militants sont d’une violence inouïe et démontrent une profonde méconnaissance de ce qu’est l’élevage français», a ainsi récemment commenté la présidente de la FNSEA sur Twitter dans la foulée de son déplacement en soutien à l’éleveur Sarthois.

Au poids des traités d’échange avec le Canada et l’Amérique latine, à la crainte de la sécheresse, à l’incompréhension des néoruraux, s’ajoute aujourd’hui, pour nos agriculteurs, la montée inquiétante de l’insécurité.

Timothée Dufour

Face à ce constat, le ministère de l’Intérieur avait certes réagi en 2019 en créant la Cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole, dite cellule Déméter, du nom de la déesse grecque de l’agriculture et des moissons, permettant d’identifier et poursuivre les auteurs d’intrusions et d’agressions sur les exploitations agricoles.

La mobilisation organisée au plus haut sommet de l’État en disait long sur le degré de violence de notre société à l’égard de ceux qui nous nourrissent. C’est oublier les efforts menés sans relâche par plusieurs associations de défense de la cause animale afin de dissoudre la cellule Déméter qu’elles accusent d’enfreindre la liberté d’expression.

Saisi par deux associations, POLLINIS et Générations Futures & L214, le Tribunal administratif de Paris, vient de leur donner raison il y a moins de 24 heures au nom de la liberté d’expression. Si la requête de la première association, conseillée par l’ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage, a été jugée irrecevable, l’association L214 a vu ses demandes honorées par la juridiction administrative. Il a ainsi été enjoint au ministre de l’Intérieur de mettre fin aux activités de la cellule sous astreinte de 10.000 euros par jour à l’expiration d’un délai de deux mois à compter du jugement.

C’est là un coup de semonce pour les acteurs du développement de nos territoires ruraux. Au poids des traités d’échange avec le Canada et l’Amérique latine, à la crainte de la sécheresse, à l’incompréhension des néoruraux, s’ajoute aujourd’hui, pour nos agriculteurs, la montée inquiétante de l’insécurité.

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