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mardi, mai 24, 2022

«Une journée dans la vie d’Olivier, le quotidien d’un maire écologiste»

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FIGAROVOX/HUMEUR – La Mairie de Paris souhaite créer des «zones apaisées», où la circulation de transit serait interdite et dans lesquelles il faudrait justifier d’une attestation pour se déplacer. Dans un texte de fiction satirique, le chroniqueur imagine la vie d’Olivier, un maire EELV.

Samuel Fitoussi est fondateur et écrivain du blog satirique La Gazette de l’Étudiant.

Il est 8 heures du matin, notre héros sort de sa chambre et croise sa fille qui refuse de lui adresser la parole : depuis son anniversaire il y a huit jours, il est devenu un mâle blanc de plus de 50 ans. Une nouvelle journée commence pour Olivier et avec, une grande question : que proposera-t-il d’interdire aujourd’hui ?

Dans sa douche, Olivier pense avec fierté à ses succès passés. Pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron, il a contribué à faire interdire un tas de chose : la plupart des vols d’avion intérieurs («un non-sens écologique», arguait-il avec pédagogie), l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (la nature a pu reprendre ses droits !), les pailles en plastique (enfin !) et surtout, les terrasses chauffées (la mesure entrera en vigueur dans quelques mois, il a tellement hâte !). Alors certes, on estime que cette interdiction réduira de 30% le chiffre d’affaires des restaurants l’hiver, que l’effervescence de certaines rues piétonnes laissera place à un silence maussade et que la réduction des places disponibles se traduira par une hausse des prix et une baisse du pouvoir d’achat des Français mais, rétorque Olivier : «Franchement, avez-vous vraiment besoin de dîner dehors l’hiver ? Je rappelle que la France est responsable de 0,79% des émissions de CO2 mondiales, cette mesure pourra nous faire passer à 0,78% ! Et puis ne souhaitez-vous pas relancer l’industrie des plaids et des moufles ?».

Olivier avale un œuf et une tranche de bacon (il est flexitarien, c’est-à-dire végétarien entre les repas), et se rend en trottinette à la mairie. Dominique, son assistant.e, l’attend (Olivier tenait à recruter 50% de femmes et 50% de minorités ethniques, il a donc choisi un métis transgenre).

Samuel Fitoussi

Olivier avale un œuf et une tranche de bacon (il est flexitarien, c’est-à-dire végétarien entre les repas), et se rend en trottinette à la mairie. Dominique, son assistant.e, l’attend (Olivier tenait à recruter 50% de femmes et 50% de minorités ethniques, il a donc choisi un métis transgenre). «Bonjour à toutes et à tous», lui dit-il. Ensemble, ils se rendent à la réunion du conseil municipal, où l’on doit débattre des subventions à accorder. L’ambiance est tendue car deux projets sont particulièrement alléchants. Une étudiante cherche un financement pour sa thèse «Blanchité et géopolitique : l’évolution du teint de Vladimir Poutine», tandis qu’un architecte afghan propose de construire un magnifique minaret en face de la mairie. Caroline, conseillère municipale, défend le second projet mais Olivier est tiraillé. Il s’apprête à exprimer une objection mais il se reprend : on ne contredit pas une femme, c’est sexiste. Va pour le minaret.

À midi, Olivier déjeune avec Fabien, son ami trotskiste tendance fasciste (il est pro-nucléaire). «La fermeture de Fessenheim était une excellente décision, lance Olivier. J’espère qu’elle provoquera des pénuries énergétiques qui enrayeront ce désir occidental absurde, mortifère, monstrueux, je n’ai plus les mots, de croissance illimitée dans un monde aux ressources limitées». Fabien rétorque que la mesure pourrait être contre-productive car elle pourrait provoquer la réouverture de centrales à charbon polluantes et accélérer la dépendance européenne au gaz russe.« N’importe quoi, répond Olivier, on croirait entendre Trump ou pire, Pascal Praud ! Et n’oublie pas que la VRAIE sortie du nucléaire n’a jamais été tentée.»

Sur le front de la lutte contre le patriarcat, les nouvelles sont mauvaises : sur la semaine écoulée, seules 26% des filles ont participé à un match de foot dans la cour contre 37% des garçons. La mairie a pourtant investi des dizaines de milliers d’euros dans une campagne de déconstruction des stéréotypes.

Samuel Fitoussi

14 heures. Olivier se rend dans l’école primaire de sa ville, et s’entretient avec le directeur. On est content de la marelle végétalisée, où les tiges ont poussé plus haut que prévu, mais sur le front de la lutte contre le patriarcat, les nouvelles sont mauvaises : sur la semaine écoulée, seules 26% des filles ont participé à un match de foot dans la cour contre 37% des garçons. La mairie a pourtant investi des dizaines de milliers d’euros dans une campagne de déconstruction des stéréotypes (affiches, intervenants, retransmission en classe des matchs de Ligue 1 féminine…). «La misogynie est tellement internalisée qu’il va falloir interdire complètement le foot» conclut Olivier, lucide. Une bonne nouvelle cependant : on pourra construire une éolienne à la place du terrain de foot.

Olivier entre dans une classe de CP, réprimande quelques gamins pour leur port du masque sous le nez et prononce un discours. «Le GIEC prédit que si rien n’est fait d’ici 2030, les océans submergeront les terres, les écosystèmes imploseront, la planète deviendra un four et nous mourrons dans d’horribles souffrances. C’est à vous qu’incombe la responsabilité de nous sauver ! Allez, roulez jeunesse, et profitez de votre semaine, je reviens dans 10 jours faire le point.»

Une politique pénale digne de ce nom, c’est une politique sévère avec les non-vaccinés et les conducteurs mais bienveillante avec les assassins, les dealers et les violeurs. (Eux, il faut les sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles via des stages de formation du cabinet de Caroline de Haas, pas les punir.)

Samuel Fitoussi

À 16 heures, Olivier est invité sur BFM Télé pour défendre son projet de «zone apaisée». L’idée : interdire aux citoyens de traverser en voiture certaines zones sans motif impérieux. En face, un ultra-libéral lui rétorque que la mesure serait «liberticide» (sic). Pire : qu’il craint «une société de contrôle à la chinoise» (re-sic). Olivier remet les points sur les i : Xi Jinping est très méchant, lui veut simplement sauver la planète. D’ailleurs, il a fait supprimer toutes les caméras de surveillance de sa ville, propose de désarmer la police et de réserver les places de prison aux auteurs de crimes d’écocide («la prison, lieu liberticide par excellence», conclut-il, démontrant brillamment les contradictions de l’idéologie ultralibérale). Une politique pénale digne de ce nom, c’est une politique sévère avec les non-vaccinés et les conducteurs mais bienveillante avec les assassins, les dealers et les violeurs. (Eux, il faut les sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles via des stages de formation du cabinet de Caroline de Haas, pas les punir. «Œil pour œil et le monde devient aveugle», disait le décolonialiste Mahatma Gandhi).

Dans l’Uber pour rentrer chez lui, Olivier répond rapidement à un internaute qui l’accuse de vouloir revenir au Moyen Âge («fake news, le XVIe siècle m’irait très bien») et ferme les yeux pour réfléchir aux enjeux modernes. Xi Jinping… Ce monsieur l’agace. La Chine, responsable de 30% des émissions de CO2 dans le monde, gâche l’effort français d’interdiction des sachets de thé non biodégradables ! Olivier rêve d’une confrontation. Il déboulerait dans le palais présidentiel chinois et les larmes aux yeux, tiendrait un discours pour l’éveiller à l’urgence climatique et l’alerter sur le non-sens de la société de consommation. Il s’appuierait sur des photos de pingouins, des courbes de Greenpeace, le mythe de Sisyphe, un montage en noir et blanc (avec de la musique mélancolique), des discours de Greta Thunberg et enfin, sur le film Don’t Look Up. Xi Jinping, ému, s’engagerait à agir et proposerait à Olivier un poste de ministre. Olivier refuserait, par fidélité à sa ville et aux ambitieux projets de réinvention de la mobilité urbaine, mais suggérerait à Xi des réformes : démocratisation du pays, libération des opposants politiques, 25% de LGBTQIA+ recruté.e.s dans l’armée, formation contre les biais inconscients pour tous les fonctionnaires, diffusion d’un best-off des discours de Sandrine Rousseau sur le grand écran de la Place Tiananmen.

22 heures. En s’endormant, Olivier reprend espoir. Une guerre nucléaire pourrait ralentir le réchauffement climatique.

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